La féminisation des choses est décidément très à la mode (exemple), et avec elle une ribambelle de jeux de mots débiles. Permettez-moi donc cette association plus que douteuse du mot “périodique” avec la féminité pour parler de deux revues de bédé ayant sorti un numéro fait exprès pour ou par des filles : Kramix et Fluide glamour. Je précise que je ne lis pas Fluide glacial et que je n’ai lu que ce numéro de Kramix – d’ailleurs je n’ai pas techniquement “choisi” ces revues, elles m’ont été respectivement offerte et prêtée par deux amis que je remercie ici même.
Alors que le jeune Kramix, né à l’automne dernier, inaugurait son existence avec un numéro entièrement réalisé par des filles, le classique Fluide glacial inaugure la prise en compte de son lectorat féminin par un hors-série sur le sexe, Fluide glamour. Chacun, à six ou huit mois d’intervalle, misant judicieusement sur une couverture assortie au code couleur de Biba :

Le contenu de ces deux numéros est radicalement différent, à l’image de leur couverture. Kramix entend faire découvrir des auteures et dessinatrices en racontant des histoires et… point. On lit donc une succession d’histoires, en bédé ou en prose illustrée, sans jamais, même dans l’éditorial (ou si peu), entendre parler du magazine en lui-même. Petit aperçu du sommaire (cliquez dessus pour l’agrandir) :

Fluide glamour, quant à lui, mélange le potache très Fluide avec une parodie parfois réussie de magazine féminin. Il y a donc des bédés, des articles de fond, des billets d’humeur, des modes d’emploi et des conseils bidons, accompagnés des inévitables test et horoscope illustrés. Générique (pardon pour le manque de netteté) :

Ni l’un ni l’autre ne m’ont donné envie d’en acheter davantage, mais tous les deux m’ont plongée dans un désarroi certain en s’affirmant pour des filles ou par des filles, donc sur le sexe, tout en étant d’une qualité globale très discutable.
D’un côté, la ligne éditoriale de Fluide glamour affiche la couleur : “Plus on est mixtes, plus on rit” nous dit Madame Glamour dans l’édito d’un magazine qui aborde pêle-mêle le rateau, la ceinture de chasteté, divers jouets pour adultes, Larry Flint, le voyeurisme, les coups d’un soir et bien sûr, l’échangisme.
De l’autre, les blogs des auteures de Kramix regorgent de gags drôllissimes qui prennent la plus banale des situations unisexes comme point de départ. Pourtant, leurs pages dans Kramix parlent de belles femmes sauvées par de vaillants commissaires, de sites de rencontres, d’orgasmes, d’homme idéal et de maîtres nageurs dragueurs. Bon, elles ne parlent pas que de cela mais c’est la teneur principale des histoires.
Leur quatrième de couverture est désespérant de cohérence avec ce constat :

Peut-être que ce sont mes œillères élevées au machisme ambiant qui me font noter cela plus que le reste, mais je me demande si les trucs estampillés “filles” ne misent pas sur le sexe décomplexé (donc passablement masculin) pour ne pas se faire taxer de clito-militantisme (dont j’ai déjà parlé ici)… Quoi qu’il en soit, il semble encore bien compliqué, pour les auteurs comme pour les lecteurs, de dissocier le “par des filles” du “pour des filles” et du “sur les filles” et encore plus du “sur le sexe“.