Causette, la poule aux plumes d’or

J’ai lu Causette (le numéro 4). Causette #4

Pourtant, avec une couverture d’un noir & blanc aussi austère, très MLF, je n’avais pas envie (mais alors pas du tout) de me plonger dans l’association clito-militante. Heureusement, Causette a la bonne idée de mettre son édito en ligne, et lire que « la burqa c’est lourd quand c’est mouillé », ça donne sacrément envie de passer outre une allergie fémino-historique dormante.

Je ne suis pas férue de publications genrées et cérébrées alors je n’avais pas vraiment de référent, mais j’ai franchement aimé – et pas seulement pour le papier.

Voici donc quelques raisons de lire Causette.

Constat 1 — Il y a quelque chose qui saute aux yeux confusément – si l’on me pardonne cette oxymore un peu bâtarde – un peu comme quand on vit à Paris et qu’on passe huit jours à la campagne. Je n’ai pas su tout de suite pourquoi, mais lire Causette apaise l’âme, repose les yeux et provoque le bien-être d’un bon roman car quand on lit Causette, on ne lit que Causette. Il n’y a pas de pub (ou si peu), et le déficit de distraction visuelle – qui aurait généré une crise de manque en rase campagne – est évité parce que les espaces les plus traditionnellement occupés par de la pub sont occupés par des images. Vous aussi, vous trouvez ça futé ? Ce n’est que le début.

Constat 2 — Une chose rare, à savourer : le français y est impeccable. Les rares pléonasmes masqués (désastreuse conséquence de nos habitudes hyperboliques) sont dans les citations des VIP, pas sous la plume directe de la rédaction.

Constat 3 — Même l’horoscope y est créatif, citoyen et drôle.

Constat 4 — La note sur la taxe carbone y parcourt les grandes lignes de l’opération Culpabilité pour la planète, avec un pêle-mêle vertigineux de tout ce dont on accuse les citoyens, qui aboutit à une nième manière de payer notre dette. C’est exactement ce que j’avais envie de lire sur le sujet. Ni plus, ni moins.

Constat 5 — Le portrait de la star émouvante du bimestre n’échappe pas aux poncifs du genre. Exemple : « Brigitte Fontaine se pose intuitivement du côté des misérables et des marginaux ». D’accord, ce lieu commun sur l’artiste engagé on le lit partout, de Voici à Libé et d’accord, il donne envie de froisser bruyamment la page et retourner lire Biba. Mais lequel de ces canards oserait ajouter, placidement juxtaposé au cliché, le commentaire plus-café-du-commerce-tu-meurs : « Une posture facile à tenir pour une artiste de gauche, me direz-vous. »,  avant de poursuivre tranquillement le portrait en expliquant pourquoi cette incartade populaire ? Hein, lequel ? Moi, je ne sais pas.

Constat 6 – Dans un article sur la rentrée littéraire (Causette s’adapte à la saison), Carine Couture égrène les raisons classiques de douter de l’impartialité et de la pertinence prospective des prix littéraires (assaisonnement « embrouilles et compagnie ») en ajoutant le rafraîchissant « Mais ils ont peut-être tout simplement mauvais goût » et ça, ça fait du bien.

Constat 7 — La vie des bêtes est passionnante dans Causette.

Constat 8 — Ce n’est pas tant la substance (conséquente, cela dit) des infos qui fait la qualité de Causette, que la multitude des points de vue qui y sont proposés. Ça peut donner des allures de Normands aux couteaux les plus aiguisés mais ça donne surtout de la tenue aux infos. Lire que les Crocs sont en voie d’extinction pour cause de durabilité combinée à une crise économique mondiale, ça m’a informée. Lire que c’est à moi de savoir si c’est une perspective réjouissante ou non dans l’histoire de la chaussure, ça m’a fait scintiller la lecture.

Constat 9 — Causette réussit à nous parler d’orgasme et d’excision (bon, Vice l’avait déjà fait, en plus fun), d’une journaliste assassinée, de la disparition des Crocs, de Miossec, Crumb et Brigitte Fontaine, d’inventions inutiles, de poissons, de Kaboul, de statistiques ethniques, de dépendance à Doctissimo et de familles monoparentales sans nous perdre en route. Et sans, non plus, se la jouer politiquement incorrect à outrance, à la manière de Vice (j’aime beaucoup Vice) : cela nous épargne l’effet caféiné d’une lecture en diagonale et d’ailleurs, cela nous fait passer l’envie de lecture en diagonale. Causette, en fait, ça rend intelligent.

Conclusion : un risque. Qu’après avoir fait un numéro avec des seins, un autre avec des filles nues, un autre sur les poils et le dernier sur le clitoris, Causette se retrouve en plein syndrome Culture Pub Magazine (un de mes premiers émois papier, après XL le magazine époque craft) qui, après avoir fait son numéro pilote sur le sexe, puis celui sur les homos, puis celui sur les femmes, s’était poutré en raison de l’épuisement du stock de couvertures sexy-clinquantes.

Gageons que les femmes réservent plus d’angles d’attaque vendeurs que la pub. Ce n’est pas que j’en doute, mais il faut encore les trouver. Et c’est tout ce que je souhaite à cette cane déchaînée.

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7 réponses à “Causette, la poule aux plumes d’or

  1. Bonne analyse que je partage assez, si ça n’est ton opinion sur la couverture du numéro 4 que je touve plutôt « second degré » et assez belle :-).
    En toute objectivité!!!
    see you
    érika
    http://erikauriengalerie.blogspot.com/

  2. Bonjour,

    Juste une petite réaction.

    « Constat 2 — Une chose rare, à savourer : le français y est impeccable. Les rares pléonasmes masqués (désastreuse conséquence de nos habitudes hyperboliques) sont dans les citations des VIP, pas sous la plume directe de la rédaction. »

    Je n’ai pas lu le #4, mais le #1. Et justement, il était bourré de fautes : orthographe, grammaire, syntaxe, ponctuation, lourdeurs…
    Pour un magazine « qui rend intelligent » et surtout pour un #1, cela m’a semblé un peu léger et cela m’a suffi pour ne pas continuer ma lecture. Dommage, peut-être, parce que je peux être d’accord avec certains de vos autres constats.

    Bonne continuation et bonne lecture 😉

  3. Je n’ai pas lu le n°1 – une certaine superstition et une tendance à la paresse me font rater beaucoup de numéros 1 dans l’histoire de la presse – mais je comprends diablement le découragement face à l’approximation de la langue. 4 numéros pour se trouver un bon secrétaire de rédaction, ce n’est pas tant que cela, certains magazines sont encore truffés de fautes…

  4. TheonlylivingboyinParis

    Je ne savais pas que tu écrivais si bien! En plus tu utilises l’expression « poutré » ce qui me ravit ! C’est un peu court comme commentaire, m’enfin…

  5. J’adore Causette. Causette parle de tout, librement, a le ton qu’il faut quand il faut.
    Causette, c’est le Top et j’ai découvert en moi une hystérie que je connaissais pas quand je découvre Causette dans ma boîte aux lettres : « Aahhhaaaa le voilà ! »

    Mais pourquoi ils ne me font pas ça les autres ?

  6. Causette#6 parait samedi 9 !

  7. Pingback: Bédés périodiques pour les filles « DANS LE COLLIMATEUR

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