La fenêtre sur cour de Claudine Papillon

Au détour d’un morne et monotone tour des galeries, je me suis retrouvée chez Claudine Papillon, qui fête ses 20 ans d’une manière banalement rétro-descriptive.

Heureusement, au dessus de la galerie où sévit cette exposition très sage, se trouve un incroyable espace semi privé, dans lequel Claudine et Marion Papillon ont agencé des œuvres à la manière d’un salon. « À la manière de » n’est pas l’expression qui convient, et ce n’est d’ailleurs pas l’espace mais son utilisation qui est proprement « incroyable ».

Les expositions qui rejouent les espaces de collectionneurs sont légion : on pense à la vente Yves Saint Laurent, à certaines expositions de la Maison Rouge, aux antichambres de Pompidou, bon. Même si la France n’est pas aussi passionnée de period rooms que les anglo-saxons, il est difficile de parler d’œuvres « ayant appartenu à… » sans chercher à restituer quelque essence de leur accrochage VIP. Mais Claudine et Marion Papillon n’ont rien à envier aux mastodontes documentés de la RMN.

Ici, point de reconstitution de rien du tout, point de vision d’ensemble de commissaire thématiquement soucieux de cohérence, point non plus d’exigence de déambulation scénographiée au cordeau. Juste une envie de montrer plus de pièces, juxtaposer ce qui leur plaît en mêlant au besoin des pièces de la collection de Claudine, sans chercher à flatter les sens du visiteur d’exposition didactico-thématique.

L’espace est réduit, carré et haut de plafond, et se perçoit en un coup d’œil. Endormi par les déambulatoires virtuels des white cubes, on ne sait pas ici où se poster pour tout voir – paradoxalement. Obligé de grimper pour observer un petit boîtier discret, de reculer sans bousculer la table pour admirer un panoramique accroché à trois mètres du sol, l’on s’aperçoit que le dessin très grand format, vu deux ans plus tôt à hauteur d’œil, est aussi passionnant quand il est inaccessible et coincé dans un tetris de genres, d’artistes, de tons et de matières. Plus rangé que la réserve, plus intime que le bureau de Claudine et surtout plus habité que le show room qui jouxte la galerie au rez-de-chaussée, l’espace est fait pour vous retenir dans ce petit salon sur cour du 3ème arrondissement.

Ici le traditionnel « je ne vois pas ça chez moi » n’a plus lieu d’être. On verrait tout chez soi, finalement, et on n’a plus envie de filer voir le white cube suivant.

Advertisements

Mettre son grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s