Son image se regarde

Étape du jour, dans ma traditionnelle tournée des expositions post-comité de rédaction.:

Jeu de Paume

En pleine semaine internationale des femmes, quelle surprise de tomber sur trois expos de femmes : Esther Shalev-Gerz à l’étage, Lisette Model au rez-de-chaussée et Mathilde Rosier aux étages -0,5 et -1. Heureusement, la programmation virtuelle du moment est consacrée à un homme (Samuel Bianchini, dont je n’ai pas regardé la proposition), pour éviter l’abus de discrimination positive.

Précisons d’abord que découvrir le travail d’Esther Shalev-Gerz deux jours après la sortie du film La Rafle et de l’inauguration de l’expo «.Filmer les camps.» au Mémorial de la Shoah, ça n’a rien d’innocent. L’artiste a grandi en Israël et, même si la médiation mise sur l’aspect portrait/parole de son travail, une grande partie de ses œuvres parlent de la mémoire des camps et de la Seconde Guerre Mondiale. Du coup, à mesure que l’on suit le parcours de l’expo, quelque chose de lourd s’abat sur le visiteur. En sortant du Jeu de Paume, il ne reste plus qu’à tomber sur une pub pour l’expo «.Stauffenberg et l’Opération Walkyrie.» pour être sûr que la guerre, c’est MAL.

Revenons à Esther Shalev-Gerz. Passons sur les œuvres réalisées avec Jochen Gerz, qui sont à l’image de ce qu’on connaît de lui.: commémoratives, discrètes. voire invisibles. et déshumanisées.

Esther Shalev-Gerz, « Ton image me regarde !? » au Jeu de Paume

Les deux œuvres d’Esther Shalev-Gerz vraiment remarquables sont celles qui, à travers des procédés vus mille fois (au moins), ont une approche très «.intérieure.» de la mémoire. Les personnes filmées et écoutées par l’artiste sont montrées alors qu’elles écoutent leur propre témoignage (White-Out.:.entre l’écoute et la parole, 2002), ou qu’elles s’apprêtent à répondre, dans ce micro-moment entre la digestion de la question et l’élan vers la réponse (Entre l’écoute et la parole.:.derniers témoins, Auschwitz 1945-2005, 2005). Des situations où ces personnes sont comme absentes, réfugiées dans leur mémoire, avant ou après le moment du véritable partage du souvenir.

L’artiste se focalise ainsi sur des suspensions de la parole, qui en font quelque chose de très lent, contemplatif, et ça soulage franchement de tous ces discours sur le rôle «.libératoire.» de la parole – surtout lorsqu’il s’agit de choses pas très fun à aborder.. qui donne un caractère impulsif, parfois agressif à la parole. D’ailleurs, le colloque organisé à l’occasion de cette expo est intitulé «.Puissance de la parole.», c’est dire…

La dernière salle du parcours anti-instinctif de cette exposition est vraiment très belle, suspendue et silencieuse, mais je vous conseille tout de même de voir l’expo de Lisette Model, un peu plus légère, après la soupe de mémoire lourdingue.

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