« Au fil de l’œuvre », une exposition qui parle d’œuvres

D’emblée, le titre pléonastique confirme ce qu’on va voir à La Galerie de Noisy-le-Sec – au cas où l’on s’attendait à voir autre chose que des œuvres dans une exposition d’art contemporain.

Une fois dans l’exposition, la précaution se révèle tout de même utile. La moitié des choses exposées sont faites de bric et de broc et ressemblent étrangement aux encombrants que l’on trouve sur les trottoirs de Paris. Le reste est plus rassurant : compositions plutôt léchées, souvent en deux dimensions et accrochées au mur, elles ont tout à fait leur place entre les murs blancs du centre d’art.

Davide Balula

Davide Balula

La cohabitation du lisse et du bazar à jeter ne se fait pas sans peine. Comme dans toute exposition collective, ce sont finalement les différences les plus évidentes entre les œuvres qui nous frappent. On se met à comparer le temps nécessaire à la réalisation de chaque œuvre, pour les classer en deux groupes : les vite faites et les minutieusement réalisées. Le jeu pourrait être monotone, mais il n’est pas aussi facile qu’il en a l’air.

L’exposition, dixit Marianne Lanavère, directrice de La Galerie et commissaire de l’exposition, vise à montrer des processus de travail. Heureusement, il ne s’agit pas d’œuvres in progress qui évolueraient au fur et à mesure de l’expo, comme c’est trop souvent le cas* dès qu’on aborde cette question du temps de l’œuvre. C’est plutôt le temps de la réalisation qui est donné à voir – en tout cas, donné à deviner.

Car les plus négligemment assemblées ne sont pas celles que l’on croit : les sculptures de Mathilde du Sordet, qui ressemblent à s’y méprendre à des amas de déchets, sont en fait des compositions mûrement réfléchies. Contrairement aux apparences, le recyclage militant est ici hors de propos : dans un contexte écolo-culpabilisant, ça repose. En fait, ces objets semblent faits pour être vus en tant que lignes, volumes et couleurs, formes abstraites éloignées de leur réalité matérielle. À l’opposé, les œuvres de Diogo Pimentào, aux allures très léchées et fragiles, sont le résultat de mouvements énergiques : secouer, barrer, chiffonner, des gestes réalisés à grande échelle qui donnent des sculptures et dessins de très grand format.

En confrontant différentes temporalités et en revenant à l’origine de la forme, du dessin, du volume, « Au fil de l’œuvre » est comme une longue description de ce qu’est une œuvre. Si une telle plongée ontologique n’est pas désagréable, elle devient toutefois étouffante quand elle manque de références extérieures au monde de l’art.

Info : l’exposition dure jusqu’au 24 avril et termine en beauté avec des concerts de Domotic & O. Lamm play Egyptology, Meurtre et Karaocake à 19h.

[*Un jour, je vous montrerai ma collection d’arguments d’expositions in progress qui interrogent le rapport au temps, on va bien rigoler.]

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