La France du milieu

Si on juge la grandeur d’un film au nombre de ses « Oh mon dieu, il l’ont fait », à l’amplitude entre la scène la plus triste et le gag le plus drôle, au nombre de visages qu’il met sur des voix familières, à la manière dont l’art contemporain y est présenté, à ses plans de dos et à la chouettittude des personnages réels qu’on y rencontre, alors Mammuth est un film immense, d’au moins trois mètres de haut.

Et ce, même si on est insensible au charme de Gérard Depardieu en mode retraité perdu.

(par respect pour les pas-encore spectateurs du film, les paragraphes qui suivent sont en forme de gruyère. Si vous voulez les lire, sélectionnez tout le texte mais je vous préviens, je dévoile les meilleurs ingrédients)

Mammuth ose parler de papier toilette et de sang menstruel pour parler de la précarité des marginaux et de la frilosité des recruteurs modernes.

Mammuth réussit à faire passer Isabelle Adjani pour une adolescente des années 60 en lui collant d’affreuses  mitaines des années 80.

Mammuth m’a permis de mettre une tête sur les voix étranges et austères de Dick Annegarn et de Rémy Kolpa Kopoul.

Intermède vidéo (attention spoilers) :

Mammuth nous présente aussi Miss Ming et un univers effrayant de poupées et de peluches disloquées. Ce n’est pas que la technique ni le style ni la forme ni le thème ni le concept soient foncièrement originaux, mais le personnage est au moins aussi attachant que les images sont floues : deux bonnes raisons d’aller voir ça de plus près. D’ailleurs, en allant voir ça de plus près, on s’aperçoit que Miss Ming ne fait pas vraiment d’arts plastiques (mais plutôt ceci) et que c’est Lucas Braastad qui est responsable de cet univers mille fois vu mais fascinant :

Mammuth nous montre finalement pas mal de choses qu’on connaît bien mais qu’on aime bien voir et revoir pour en être sûr, comme par exemple Yolande Moreau en caissière acide, Siné en patron blessant ou Benoît Poelvoorde en parfait connard.

Mammuth, c’est aussi le film qui montre le plus de dos expressifs au monde.

Et surtout, surtout, surtout : Mammuth nous emmène dans une expo d’art contemporain belle, pas ultra conceptuelle ni super abstraite mais presque plausible (peut-être parce que c’est de ce musée qu’il s’agit – dont Delépine est cofondateur – et que ce musée n’est pas exactement de l’art contemporain « officiel »).

Quand on sait que la plupart des auteurs ne sont pas foutus de parodier intelligemment le principe du monochrome (n’est-ce pas Yasmina Reza), on ne peut que saluer la réussite majeure de ce film : rendre poétique une visite d’expo.

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Une réponse à “La France du milieu

  1. suis fan de ton texte à trous…

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