L’explication (chapitre 3)

– Oh làlà, elle est vraiment super, votre proposition dites donc. On sent qu’il y a quelque chose, là.

– Oui, n’est-ce pas ? J’ai eu cette liberté avec Colette, c’est appréciable de pouvoir échapper aux conventions qui lient le…

– Ça vous ennuie si je prends des notes ?

– Non. Conventions qui lient le commissaire et le musée*, affectées par ce qui passe pour la professionnalisation d’un champ d’activités*, et qui se traduisent généralement par la soumission d’un projet articulé* – et faute de mieux thématique*.

– Hihihi, oh ben c’est sûr qu’il n’y a pas de soumission qui tienne, là. Il y a une telle audace dans ces travaux. Et alors ce titre, « The Seabass. » c’est pour questionner cette audace ?

– Pas du tout. Ça me faisait marrer d’intituler l’expo Ricard « le bar » de manière détournée. Ce n’est qu’un titre après tout.

– … D’accord, très bien. Alors… en fait, comment vous est venue cette sélection ? Vous aviez un thème de départ, des pistes ?

– Pouah, un thème ! Mohahah. Non, je préfère évidemment aborder l’art d’une autre manière*, lui faire confiance en somme*, ne pas le réduire à ceci ou à cela*, pas plus à une illustration qu’à une dissertation*, bref lui donner de l’air et naturellement permettre au spectateur de respirer*.

– Réduire… respirer… illustration… d’aaaaccord. Et si on pouvait dire deux mots sur les œuvres ?

– Écoutez je ne vais pas vous dire ce que vous voyez très bien*. Prenez Raguénès par exemple, on voit très bien, non ? Regardez bien.

– Ah oui, je vois, oui. Sur le choix des images de référence, peut-être un mot… ?

– Ses images sont toujours étrangement justes*, peu importe de savoir ce qui les qualifie* !

– Étrangement juste… d’accord. Vous savez, je suis bien d’accord dans le fond, mais il faut bien que je trouve quelque chose à dire aux visiteurs…

– Les œuvres peuvent tout à fait inspirer au visiteur ce qu’il faut, allons.

– Oui, oui oui bien sûr, tout ça fait. Enfin je veux dire ok bon vous c’est pas votre truc…

– Ça vous pouvez le dire. Vous pourrez toujours le dire au spectateur, si ça l’intéresse.

– …mais pour nous au quotidien, si on avait juste quelques pistes, pour répondre aux questions. Vous n’imaginez pas les questions qu’on peut avoir…

– Vous savez, je trouve toujours un peu désobligeant pour le spectateur de lui expliquer ce qu’il voit très bien tout seul*. Je me suis démené pour échapper au communiqué de presse, pas question de lui pondre un petit texte synthétique où il n’apprend rien de plus que ce que les œuvres savent inspirer lorsqu’on les regarde vraiment*.

– D’accord, très bien. Bon en même temps, ils auront toujours le catalogue à leur disposition. Vous allez y expliquer un peu vos prises de position, non ?

– Elles sont très simples, mes prises de position : l’art parle, le spectateur n’a qu’à être attentif.

– Ça a le mérite d’être clair.

– Mais oui ! On ne va pas leur servir une petite interprétation comme ça sur un plateau, merde ! Les soi-disant amateurs qui consultent frénétiquement le moindre bout de texte qu’on veut bien leur accorder, comme des enfants avec leur doudou, moi ça me rend malade.

– Ça vous l’avez cherché. On n’expose pas des poulpes et des merlans impunément…

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