1h20 à Beaubourg sans avoir l’impression d’avoir manqué quelque chose

Une grande phrase écrite à la trace de mèche enflammée : « Don’t judge, filter, shoot » avec les traces un peu nases des morceaux de scotch qui plaquaient la mèche au mur, un tamis à trous de balles, une ronde de gens qui laissent brûler une immense mèche sur leur main bandée, des molécules d’ADN reproduites avec des épingles à nourrice et un domino de lames tranchantes soufflées par l’enfant qui, il y a un an, coupait le fil de l’eau avec une paire de ciseaux. 12 minutes.

Un cheval blanc ruant, un nu qui joue de la flûte, des animaux qui se mettent sur la gueule, un avion entortillé sur lui-même comme un morceau de guimauve, des humains qui se chevauchent en public, une femme qui allaite un cochon, d’autres animaux en résine qui s’entremêlent, les enfers et le paradis en peinture, un planisphère fait de morceaux de boîtes en métal qui fait dire à une dame : « C’est Pop art, ça, non ? Comment il s’appelle celui qui fait pareil avec des morceaux d’affiches mais ça dessine pas le monde ? » [Villeglé], des vidéos de parties génitales qui nous font penser « Quoi?! c’est pour ça l’interdiction d’accès aux mineurs ?? » [non, c’était pour les gens qui se sautent les uns les autres], une étoile en résine de cannabis, un citron éclaté au talon, des moulages de carcasses de voitures en terre cuite noire, des christs en fils barbelés qui nous font dire « Ouch », une barque remplie de poubelles en résine, des cercles en barbelés séparés des visiteurs par une mise à distance de deux mètres alors qu’on pouvait les toucher quand ils étaient exposés au Plateau il y a 6 ans et qui nous font penser « Les temps changent » et un duo de footeux qu’on met un moment à reconnaître mais qui, pour peu qu’on le découvre en compagnie d’un voyageur italien qui se souvient de 2006, fait son petit effet. 37 minutes.

Et au sixième étage, une promenade ininterrompue pour rencontrer tout ce dont on a déjà entendu parler, le coffre-fort sur frigo, le néon transformé en photo puis en tapisserie, le Morellet recouvert par Lavier, l’Alpha Roméo malmenée baptisée Giulietta, les objets divers sur socle, et pour découvrir avec la même constance des projets inconnus comme la prise de vue sans appareil photo, pour reprendre le vocabulaire – dont on se passerait bien – du commissaire de l’exposition. 31 minutes.

80 minutes et pas de mal de tête, pas de révélation capitale sur le devenir de l’humanité ou la pratique du macramé suisse en milieu rural subsaharien, pas de tasseau dégueulasse posé au milieu d’une plaque de métal pour symboliser l’impasse de la société de consommation vue à la lumière du lettrisme, pas d’interminables vidéos plasticiennes et métaphysiques qui donnent mal aux fesses. Cantor, Abdessemed et Lavier, à eux trois, me réconcilient avec les « grandes » expositions et avec l’art français.

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