Le musée du tout, l’intérieur

De dedans, peu d’images. Heureusement que la langue nous offre un matériau plus que suffisant pour partager les choses, même les plus visuelles. Je reviendrai un jour (peut-être) sur l’inutilité de tout prendre en photo. Et puis de toutes façons, souvenez-vous de ceci :

Comme ça c'est clair

Et donc, à l’intérieur du MOE, on découvre la collection des Thursdays of my life de George Widener. Le drame étant qu’il collectionne également les Fridays Disasters et que personne, du coup, ne se souvient des Thursdays. Une véritable honte.

Il y a aussi des électrochocs autoadministrés sur les parties génitales (par JB Lemming), plein de clefs et de boutons (par Elias Sime), des autoportraits en héros révolutionnaires réalisés grâce à des décors en carton à l’échelle 1 (Aleksander Lobanov) et des poupées pré-adolescentes que Maurizio Cattelan est supposé faire parler dans une discussion fictive comme je les aime – ce sera d’ailleurs le seul texte dont tous les (quatre) visiteurs interrogés se souviennent, et pourtant le MOE en exhibe plusieurs par artiste, de ces textes légitimants dont on se passerait bien, qui affirment que tel outsider est particulièrement apprécié par tel insider. En plus, au temps pour moi, ça m’a fait oublier de noter le nom du « papa » (sic) de ces poupées.

Il y a aussi de fascinantes architectures-véhicules-mondes (on ne sait pas trop) fabriquées à partir d’organes quasi microscopiques de machines à écrire (par ACM), dont les subtilités sont presque impossibles à détailler à l’œil nu. Il y a bien des jumelles (en jouet) pour les regarder de près mais ces idiotes sont complètement inutiles.

Et il y a aussi des réminiscences confuses de manuels médicaux du début du vingtième siècle, graphisme compris, par un auteur qui a eu la gentillesse de faire rimer son année de mort avec son année de naissance (par William Rice Rode).

Au Museum of Everything, ce qui est chanmément cool, c’est qu’on a le droit de jouer à Jaimejaimepas, de zapper les trois quarts de ce qui est montré, de s’extasier sur la technique et de s’arrêter de gamberger avant de pouvoir élaborer un discours articulé sur ce qu’on voit. Au Palais de Tokyo aussi on a le droit de faire tout ça mais il faut d’abord se mettre en condition et accepter de passer pour un connard de visiteur pétri de mauvaise foi (contrairement aux apparences, cette petite gymnastique de l’esprit, indispensable, n’est pas si difficile).

S’il n’y avait cette sensation bizarre d’inconfort éthique vis-à-vis de ce que pensent – ou pensaient – les créateurs de cet art face à l’institutionnalisation de l’ininstitutionnalisé (on pourra un jour peut-être appliquer le concept de commerce équitable* à l’exploitation de l’art brut…), on proclamerait tout de suite l’inanité de l’art contemporain pour célébrer l’art brut comme manifestation absolue de l’art avec un grand a. Au passage, on se mettrait même à croire à l’art avec un grand a.

Mais l’enveloppe nécessaire à la présentation de tout cela, inévitablement, nous projette de nouveau dans ce paradigme que d’aucuns qualifient de pessimiste, défaitiste, ou encore vulgairement terre à terre : n’est art, « brut » ou « contemporain », que ce qu’une institution – ou une autre – envoie dans la case art. De ce fait, l’institution est plus intéressante que l’art. En tout cas, comme objet à placer dans un collimateur. À ce point-là de la réflexion, on en arrive à l’hypothèse que la seule différence entre une visite du MOE et une visite du Palais de Tokyo réside dans le fait que, ici, quelques œuvres aussi sont intéressantes, pour elles-mêmes. Et on est impatient de savoir plus précisément pourquoi.

* Merci infiniment à l’internaute qui est arrivé ici en googlisant « le commerce équitable et les peintures de diego rivera », sans qui JAMAIS je n’aurais eu envie de songer à cela.

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2 réponses à “Le musée du tout, l’intérieur

  1. guillaume constantin

    la « papa » des poupées inquiétantes, c’est Morton Bartlett
    et oui super texte de Cattelan en effet …

  2. Pingback: Le musée du tout vu par la logorrhée | DANS LE COLLIMATEUR

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