Sexisme stylé

Stylist est un magazine de style, supposément non genré mais axé magazine féminin tout de même. « Non genré » car il est distribué gratuitement à tout le monde, à la sortie du métro dans les quartiers un peu cultureux, pubeux, bobos de Paris. Il flirte allègrement entre GQ et Cosmopolitan, avec une préférence tout de même notoire pour le modèle féminin : rien à en attendre donc, à part peut-être quelques chroniques culturelles urbaines qui ne servent à rien. (clic)

Stylist

Sauf que dans le numéro actuel, un article frappe en pleine face ma sensibilité féministe :

Image 53

Avant même de commencer l’article, je pense à cet immense, documenté, courageux et rigoureux post de blog (clic) :

Sexisme chez les geeks

D’habitude, on ne parle pas de viol dans les magazines féminins français. Le Cosmo français préfère largement nous aider à choisir une paire de pompes à assortir avec cette mignonne petite chemise rétro, expliquer à notre homme comment plier ses chaussettes, ou encore pourquoi c’est casse-gueule de s’envoyer son boss. Jamais « sa » boss, vous noterez, mais parfois on apprend que coucher une fois dans sa vie avec une femme, c’est excitant et très instructif pour continuer sa vie amoureuse hétéronormée. Bref. Les versions mexicaine et anglaise du magazine ont, elles, des rubriques « témoignage » (à ne pas confondre avec notre très succinct courrier des lectrices) qui abordent parfois la question. Mais en France, on reste sur du futile, ou du sérieux déguisé en futile, sinon c’est pas drôle.

Donc, agréable surprise de trouver dans un mag pareil un article de quatre pages sur le viol.

Sauf que l’article se concentre sur le viol dans les jeux vidéos. S’il met en question cette culture, il ne sort jamais dans la vraie vie pour faire le lien, comme le fait très bien l’auteure du blog Ça fait genre sus-cité. L’auteur de l’article de Stylist s’en tient à s’alarmer que des hommes aiment violer des personnages féminins, Lara Croft et d’autres, dans des jeux vidéos. Personne n’a jamais hurlé au scandale qu’on puisse commettre d’autres délits plus ou moins mineurs dans des jeux vidéos – envahir un pays, tuer des êtres humains, rouler à toute blinde en plein centre ville, trafiquer des substances illicites… Pourquoi s’en tenir au viol, je me le demande. Pourquoi ne pas clouer au pilori tous les jeux vidéos qui mettent en scène un ou plusieurs délits ?

De plus, aucune mention n’est faite du statut des héroïnes virtuelles, bien avant qu’elles se fassent agresser – choses qui pourtant pourraient tout à fait faire écho à leur fonction de victimes idéales : à grands renforts de nichons, de combinaisons moulantes et de torsions du bassins inconfortables et à peine viables, elles voudraient allumer la mèche de la violence sexuelle chez les hommes, joueurs et avatars, qu’elles ne s’y prendraient pas autrement. Alors que le post de Ça fait genre a fait un tabac, il n’est même pas mentionné par l’auteur de l’article de Stylist. C’est comme s’il voulait nous faire croire qu’il est en train de découvrir l’eau chaude, mais en ne nous présentant que la vapeur qui s’en échappe, parce que le reste c’est trop compliqué.

Reconnaissons tout de même la richesse de l’article qui donne la parole à des chercheures spécialisées et non seulement à l’impression de l’auteur. Loin de moi l’idée de laisser impunies toutes les formes de violences patriarcales, mais la manière dont Stylist s’y prend me laisse diablement perplexe. Et il ne s’agit pas que de cet article.

Deux pages plus loin, on nous propose un article beaucoup plus futile que la culture pop du viol :

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On note l’infantilisation classique qui fait de toute femme une « fille » et le caractère tout à fait banal du visage du modèle : lisse et sans défaut. Mais on se met à rêver : après avoir parlé de viol en ligne (même maladroitement), peut-être que le magazine aborde la question dans la vie réelle ? Le titre accrocheur à la Nouveau Détective nous incite à le penser.

Que nenni ! On nous apprend, à nous les filles, comment cacher les défauts physiques résultant d’une nuit blanche, à grands renforts de produits judicieusement placés et outrageusement chers. Super. Cher Stylist, ton engagement pour la cause féminine n’aura pas duré plus de quatre pages. En plus, dans les conseils un peu réalistes que tu nous donnes pour éviter d’avoir une sale gueule au réveil, on trouve toujours aussi banalement, en position n°10, le conseil donné à toute femme évoluant dans un monde d’hommes :

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Socialisez juste, les filles. Pour éviter la gueule de bois et le regard de cadavre à la fin d’une nuit de folies, restez à l’écart de ces hommes incontrôlables qui prennent la rue pour un terrain de chasse. Laissez-leur le monopole de l’embrouille, donc de l’occupation de l’espace public. Vous aggraverez le problème mais vos paupières vous remercieront.

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2 réponses à “Sexisme stylé

  1. « Distribué gratuitement à tout le monde » ? Les distributrices de la station BNF (car je n’ai jamais vu d’hommes en distribuer) ne le tendent spontanément qu’aux femmes, allez savoir pourquoi…

    • Je n’avais pas remarqué car ils (car il y a des ils) sont moins discriminants quand ils le distribuent dans les quartiers un peu plus stylés (Arts et Métiers, par exemple), allez savoir pourquoi…

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