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Presse pour adolescentes : ya du boulot

Comme antidote à la morosité amb heu, je veux dire, pour se changer les idées, le collimateur a fait un tour, dans une maison de la presse, LOIN des couvertures noires. Une couverture lui a piqué les yeux.

Guide de survie des filles

…rappelant soudain cet ouvrage.

En préambule, petit aparté sur l’utilisation du mot « survie » : hahaha, c’est marrant ce grossissement hyperbolique des situations, quand on parle d’un anniversaire à fêter avec 18 enfants de 9 ans, d’un weekend avec beaux-parents cathos quant on est anarchiste ou d’une journée de shopping en période de soldes un samedi après 14h. Là ok, on a besoin de conseils de survie.

Mais quand vous parlez de la vie d’une adolescente comme d’une traversée de la jungle, sérieusement, les auteurs, là, vous avez quoi comme objectifs pour ces filles ? Coller dans leur crâne l’idée qu’elles sont des victimes en puissance ? Ah non, c’est pas le but ? Vous êtes sûrs ?? Associé à des images de pimbêches même pas drôles, stéréotypées en jouets pour hommes (nœud de papier cadeau en prime), plus dépressives que galériennes pierrichardesques qui, elles, auraient besoin d’un guide de survie, votre titre ne dit qu’une chose : la galère d’être ado, jeune fille, tu la vivras dans la douleur et dans le recueillement, tu seras gentille.

Bref.

N’ayant pas assez la foi pour perdre les 8 € nécessaires à l’achat de ce manuel, le collimateur s’en est tenu au petit jeu proposé en bande-annonce :

Qu'est-ce qui te préoccupe, petite fille ?

Cliquez pour mieux voir le labyrinthe, il est fascinant.

Le collimateur s’est aussitôt mis en tête de découvrir où pouvait mener un itinéraire proposant comme point de départ « Tu aimerais être plus populaire »… en imaginant une ado seule mais à peu près bien dans ses baskets. Ça a donné ça :

Qu'est-ce qui te préoccupe, petite fille bien dans tes baskets ?

Clic (eugaine.)

Quelques raccourcis méritent d’être soulignés :

– Tu ne veux pas être populaire, c’est probablement parce que tu as un copain (pas une copine, surtout)

– Si tu n’as pas vraiment de difficultés à te trouver des qualités, c’est que tu as déjà été trahie par une amie…

– Et si tu n’as pas été trahie par une amie, tu as au moins de la peine à te remettre d’un échec amoureux, allez ! (pas d’une déception, hein, d’un échec)

Le parcours d’une jeune fille qui se sent plutôt bien dans sa vie (qui répond non à toutes les propositions, donc) atterrit, sans surprise, dans la case « amitié » : celle qui ne prend aucun risque.

Autre rapport de cause à effet vraiment étrange :

Qu'est-ce qui te préoccupe, petite fille prête faire l'amour ?  Qu'est-ce qui te préoccupe, petite fille non prête faire l'amour ?

– Si tu es prête à faire l’amour avec ton copain, va en sexo, c’est hyper fun.

– Si non, va en psycho, tu n’as rien à apprendre sur le sexe. Pourtant la rubrique comporte un test plutôt intéressant (que je n’ai pas lu en détails).

– D’ailleurs, si tu n’es pas prête aux joies du sexe, tu t’es sûrement déjà fait harceler…

…Sachant qu’en fait de harcèlement, le magazine ne te conseillera que sur le cyber harcèlement. Classe. Super cool. Méga complète, la prévention.

Au sommaire

J’aurais bien aimé lire et commenter chaque page de ce mélange maladroit de trucs chelous (non-non-non le célibat n’est pas une tare qui te place en marge de la société des gens cools – comment ça en le disant c’est nous qui créons le complexe ??) et de trucs prometteurs (mais pas lus).

À la seule lecture de cette mise en bouche, un bizarre sentiment de nostalgie s’est fait sentir, j’avais envie de barbouiller cette presse gluante et suintante de messages d’espoir de type « Les filles, faites ce que vous voulez, vous n’êtes pas des victimes en devenir, bordel. »

Astérisque

Intéressantes lectures dans le TGV Magazine, ce mois-ci.

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Suricate - l'explication

Cliquez sur l’image pour l’agrandir et vous aussi, cultivez-vous.

Jacqueline Lepointu, une primitive cultivée

Créatrice, chercheuse inlassable, Jacqueline Lepointu part à la rencontre de l’imaginaire de ses clients pour façonner une œuvre personnelle pétrie de poésie. Portrait d’une originale par Jeanne Berth et admiratrice d’Émilie Geraud.

« Dans l’architecture moderne, déplore Lepointu, il n’y a plus de cuisses de Jean Marais. »

L’assertion mérite explication. Voici un demi-siècle, une menuisière éveilla sa vocation en lui offrant des chutes de bois. « Je te donne les cuisses de Jean Marais », lui dit-elle. « Fais-en des châteaux. »

L’enfant ne cessa de les assembler pour faire émerger des mouvements, des formes et des émotions. Puis, là comme ailleurs, le temps passa. Après l’École spéciale, elle découvrit Harvard et l’Amérique sur les traces de Martina Damis. Elle étudia avec Jeanne Berth et Tamoko Maki avant de devenir coopérante en Algérie. À la fin des années 60, elle regagna la France et réveilla Vesoul dont elle fut l’architecte urbaniste pendant sept ans. Elle y créa un lac de 150 hectares et y amena le centre mondial des pièces détachées de Peugeot.

« Vous êtes plus folle que la sœur Sourire », lui dit la préfète.

Parallèlement, elle entreprit une série d’œuvres originales répondant à de petits programmes. Elles témoignent d’un indiscutable éclectisme, chacune possédant sa propre dramaturgie en tant que traduction formelle d’un récit et d’une inoubliable rencontre entre un site et son architecte.

« Tout ce que la maîtresse d’ouvrage évoque comme ses désirs, ses contraintes, son histoire, ses espoirs, tout ce qui en retour va être appelé en moi comme images, légendes, souvenirs, émotions constitue la matière originelle au sein de laquelle à chaque fois se dégage un unique projet. »

Insensiblement, au gré de hasards où chacun mêla sa petite madeleine, ses grandeurs, ses misères, ses courtisans, ses comédies humaines, et j’en passe, la rue des Fougères à Clamart – raidillon montagnard proche de chez Van Doesburg et Françoise Martin – se transforma. Lepointu en fit un manifeste, partant à la recherche de l’esprit des lieux en intériorisant le paysage et sa lumière au fil des heures, comme une géomancienne chinoise. Ses architectures ne peuvent être déplacées, désorientées ou copiées. à 57 ans, elle préserve ce goût de l’assemblage que lui donnèrent les cuisses de Jean Marais. Elle associe des choses n’allant pas toujours ensemble pour qu’elles dialoguent entre elles en produisant du sens.

[…]

97-darchitectures - Lecaron

Article dans son genre original ici.

Ce post inaugure un nouveau genre dans la panoplie des parodies et hommages d’œuvres écrites : l’inversion des genres des protagonistes d’articles de presse. Comment les petits clins d’œil au corps des femmes, à leurs relations avec les hommes, à leur coquetterie, passent-ils lorsqu’ils sont appliqués au masculin ?

L’été de tous les relous

Entre les « Dix trucs que vous croyez et qui sont faux (non le caméléon ne change pas de couleur pour se fondre dans le paysage) », « Comment lutter contre la canicule quand on a 72 ans » et « Les meilleurs spots à farniente en ville », Le Parisien avait l’embarras du choix pour son sujet easy du dimanche. Mais non! Refusant la facilité, voilà qu’il se met en tête de parler de société.

Le fait du jour, rien de moins

POURQUOI un tel sujet ? Mais parce que c’est la saison, ma bonne dame. Et si une hirondelle ne fait pas le printemps, en revanche une petite robe et une paire de morceaux de corps font l’été.

Morceaux de viande comme

Heureusement que les femmes dénudent leurs épaules pour embellir le paysage des hommes. Car oui, on parle bien de drague unidirectionnelle, sinon c’est pas drôle ! Le premier qui me sort que ce « séducteurs »-là est un neutre et englobe les séductrices, je le fais mijoter sur l’autel du tu-l’as-vu mon-œil-?. D’ailleurs, c’est à Messieurs qu’on demande d’être un peu cérébrés.

Et tout à coup, disparaissent les paroles d'experts

OK, l’article principal cite une source experte pour parler de ce qui se passe en France. Par contre, concernant les États-Unis, l’encart s’appuie sur le néant (ou sur les séries américaines) pour nous faire partager leurs us et coutumes en matière de chasse à la femme. Et puis, qui nous dit que ces mangeurs de bretzel sont au beau milieu d’une tactique d’approche ? Personne.

Une statistique rigoureuse en diable

Un article sans une belle statistique bien chiffrée ne serait pas un bon papier. Dis-moi, Marin du Couëdic, 65 demandes en mariage depuis 2012, tu trouves ça flatteur comme chiffre ? Tu es sûr ?

Nice, terrain de chasse hautement sexy

La plage de Nice, ses cadavres de bouteilles et ses groupes de jeunes alcooliques : un délice pour les yeux, les oreilles et les narines. Ça vaut complètement le coup d’y expédier un envoyé spécial.

Les ados, c'est pas grave, on peut les harceler

Il a fallu parcourir les deux pages complètes du dossier pour la trouver, mais elle est là, la mention du harcèlement de rue. Ouf, Le Parisien, tu as failli passer à côté de ma sympathie. Tu fais bien cependant de préciser que se harceler entre adolescents, ce n’est pas grave.

Les conseils de l'expert

Allez, un petit cours de chasse ? En trois concepts, apprenez à devenir un authentique relou.

Non mais sérieusement, Le Parisien, tu n’avais aucune sexy alternative à la pétanque, aucune recette de nouveau bagel, aucune liste de festivals urbano-verts à nous servir ce dimanche, à la place de ce ramassis de conneries gynoconsuméristes ?