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Sorties de la semaine : la sélection

(Pour des raisons de budget, je vous propose une seule sortie, en accès libre)

Ils sont une vingtaine, à faire comme s’ils braillaient du Eminem ou du Arcade Fire. Sauf qu’ils ne font que mine, donc on entend vraiment du Eminem et du Arcade Fire. Sauf que même s’ils ne font que mine, ça envoie grave.

We can be heroes ! Groupenfonction.net

Sur une photo ou une vidéo (comme par là-bas par exemple), on peut (vite fait) se rendre compte (peut-être) d’une vague énergie, mais pour l’ambiance et la chaleur humaine, venez les voir en vrai de vrai.

En vrai, ça donne envie d’aller danser sur de la musique folle en chantant faux et fort, d’aller courir avec ses amis au milieu des Maximonstres, de faire sauter cet insupportable carcan social qui vous empêche de faire du playback quand vous n’êtes pas seul, de jaillir et sauter et bondir dans des champs de coquelicots même si le tonnerre gronde comme jamais (ou comme mercredi dernier, par exemple).

En tout cas, ça donne un sens tout à fait nouveau au playback et pour ça, on dit merci au Groupenfonction.

C’est à la Cité Internationale Universitaire de Paris, samedi à 17h45 et 21h30 + dimanche à 16h, c’est en accès libre et en extérieur, et rien que pour voir une vingtaine de micros disposés au cordeau, ça vaut le coup. Méchamment.

Infos par-ci par-là, si vous avez la flemme de googliser tout ça.

Cherchez l’intrus

 

(Cliquez pour mieux voir)À la librairie du théâtre du Chatelet

Live report

[Mode d’emploi : ce ne sont pas les spoilers – la totalité de ce texte est un spoiler – mais les informations futiles qui sont en blanc. Surlignez si vous voulez lire tout le texte, ne le faites pas si vous voulez garder un minimum de suite dans la lecture]

Ce qui est sympa quand on va au théâtre de la Ville pour voir de la danse contemporaine, c’est qu’il n’y a (presque) que des gens lookés donc, pour peu que le metteur en scène ait choisi une musique un peu post-rock mais encore assez dancefloorable pour faire patienter nos oreilles le temps que tout le monde trouve sa place, et pour peu qu’on ait, nous, trouvé notre place et qu’elle soit plutôt en bas, tout près de l’entrée des artis spectateurs, on se croit dans un défilé de mode. En plus, en général, les gens lookés sont assez anguleux et ont cette démarche qui fait ressortir leurs épaules et les os de leur bassin sur un plan horizontal en forme de pendule, ou de poire, selon leur hauteur (un jour je prendrai des cours de kinésithérapie pour décrire scientifiquement la démarche chaloupée de ces grandes et minces silhouettes qui me font rêver, mais en attendant, chères lectrices, chers lecteurs, il va vous falloir vous contenter de ce vocabulaire primaire et imagé). Tout cela est très photogénique et tellement fascinant qu’on en oublierait la raison d’être de notre venue.

Heureusement, la scène a aussi son petit cachet, toute emplie qu’elle est d’amplis, de guitares et de basses électriques (il y a aussi des fusils qui tournoient lentement au sol et des machines à lancer des balles de tennis, mais ça me parle moins). De ce fait, en bonne cancre zélée du spectacle vivant (plus bas dans ce post je reviendrai peut-être sur ma conception du cancre zélé), on pense immédiatement au dernier spectacle de supposée danse vu, sur la scène duquel trônaient basses, guitares, amplis, câbles, micros et batteries et l’on se dit «Chouette, un truc à la Micro (de Pierre Rigal, une tuerie zicale drôle et jouée avec talent quoique légèrement redondante par moments), on va se marrer.»

Et non, en fait, c’est chiant.

Alors on prend ses distances vis-à-vis de la position conventionnelle du spectateur, en ayant honte de ne pas être aussi droite et concentrée que l’homme jeune et fin assis à côté de nous, et on tente de prendre son mal en patience. Comme souvent, le petit carnet où ont été inscrits d’abord ces mots sert tout à coup de doudou et l’on se laisse emporter par la position du suce-pouce qui, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, n’est guère un signe de fascination positive vis-à-vis de ce qu’on a sous les yeux.

Qu’est-ce que c’est chiant, diable.

Il y a une démonstration de pliage en anglais puis dans une langue asiatique incompréhensible. Le démonstrateur asiatique est plus nerveux et plus agressif que l’anglais, les gens comprennent probablement moins ce qui se passe mais ils rient plus.

Puis ça redevient chiant et proche du silence, la salle est de nouveau éclairée, et on dirait que les spectateurs (les autres, ceux qui n’ont aucun complexe de cancrerie en termes de spectacle vivant) ont attendu ce moment pour s’en aller, plus ou moins tranquillement, au rythme de 4 à 7 par minute environ (car oui, j’ai compté).

Ça crée une petite animation dans la salle. Quelqu’un se met à applaudir, d’autres le suivent, ça en fait rire d’autres. Sur scène, l’action est particulièrement ennuyeuse et je suis convaincue que c’est la quasi absence de son, et non seulement d’action, qui génère cet ennui. Les femmes sont en robe à paillettes et escarpins, les hommes sont en costumes à paillettes (la vieille injustice) et chaussures de soirée, et l’on est décidément très loin du savoir-faire potache et divertissant de Pierre Rigal, cette fois c’est sûr.

Cela fait un bien fou de voir une salle qui vit. On pense alors à ce film de Guy Debord dans le titre duquel figure le terme « hurlements » et au sujet duquel l’histoire a retenu que ce sont les premiers spectateurs, outrés, qui ont créé ces hurlements en vociférant au scandale pendant la projection (j’ai fait mes devoirs depuis et si vous voulez en savoir plus, googlisez donc hurlements+Guy Debord), comme un réflexe ultime de réinjecter de la vie là où manifestement, elle manque. Il ne se passe rien sur scène ? Pas de souci, on n’a qu’à faire l’animation de la salle.

On se fait des idées sur les gens, c’est fou. Parce que c’est le théâtre de la Ville, avec défilé de looks et strapontin à 15 euros, on s’imagine que les gens sont là pour jouer le jeu des habits neufs de l’empereur quoi qu’il arrive (oh, ça me fait penser que vous, lectrices et lecteurs assidus, risquez de lire deux fois ce mot en peu de temps car autre chose m’a inspiré cette nouvelle, récemment). En fait, non. Les gens sont un peu plus détendus que cela. Tellement qu’on en vient à se demander si les animateurs de la salle ne sont pas des spectateurs bidons qui font partie du spectacle puisque apparemment, ils font le spectacle. Ce serait alors comme un hommage à Guy Debord. Pourquoi pas.

Soudain, une voix s’élève : « Il fut un temps », vocifère-t-elle du haut de la salle (qui, je le rappelle pour les deux du fond, est immense) avec coffre et assurance, à tel point qu’on se dit que oui, évidemment, si l’action vient de la salle c’est qu’elle fait partie du spectacle, au sens le plus strict, « …où vous, public parisien », continue-t-elle, de manière à ce qu’on se dise ah tiens non, ce n’est pas exactement prévu, « …réagissiez face à la supercherie, et à l’imposture ! ». La salle évidemment se gausse, applaudit, commente. Cela dure à peine une minute puis des « chhhhhut » se font entendre.

Le spectacle étant toujours aussi péniblement ennuyeux, l’on se laisse aller au commentaire composé. Imposture ? Pas si sûre (pardon, c’est la deuxième rime riche ou classe moyenne de ce post, à la troisième je change de crèmerie). Je pense plutôt que le problème de ce qui se passe sur scène est sa nullité absolue. Imposture, ce serait si quelqu’un d’extérieur au Théâtre et de plutôt légitimant avait prétendu que nous verrions un chef d’œuvre. Ou si quelqu’un de la compagnie même nous avait promis que nous nous amuserions, ou que nous apprendrions quelque chose sur le pliage. Je ne peux parler pour le reste de la salle mais en ce qui me concerne, personne ne m’a rien promis sur ce spectacle. Aucune promesse, aucune déception, aucune imposture. Je suis là parce que j’ai entendu d’une bouche familière « J’ai des places » (je ne vais quasiment au théâtre que de cette manière, d’où ma position de cancre – je ne fais jamais mes devoirs avant – zélée – je suis en général assez enthousiaste pour, du tac au tac, répondre présente à ce genre d’invitation).

Alors non, ni imposture, ni supercherie, ni billevesée, simplement une belle chiantise subventionnée. Quand les artistes viennent saluer, on ne peut même pas leur en vouloir de faire la gueule. Les hommes refont leur lacet plutôt que de plier le dos, la salle est de nouveau éclairée et les gens s’en vont. Puis un homme revient, habillé comme pour le cocktail qui suivra la représentation, celui où les artistes rassemblés entre soi vont pleurer l’incompréhension butée du public parisien, se dit-on. Il se plante sur la scène après avoir ramassé une guitare et joue le motif zical de la pièce. Est-ce un acte de rébellion face à l’attitude irrespectueuse de la – minorité de la – salle ? Un autre homme arrive, puis un autre, puis une femme, puis tous sont de nouveau là, en tenue de soirée, jouant stoïquement le thème de la pièce – faut-il le préciser ? Thème répétitif, presque chiant. Cela dure un petit moment.

Les gens qui n’étaient pas encore sortis de la salle sont bien contents de n’avoir pas cédé aux sirènes du « Vas-y viens on se casse c’est aberrant de chiantise » et assistent à un second salut, en tenue de soirée cette fois, avec renouage de lacet synchronisé et déguerpissage de la scène tout à fait identiques aux premiers.

(À ce stade, le petit carnet-doudou est retombé au fond de mon sac et de toutes façons, les muscles de mon bras droit refusent de faire le moindre mouvement supplémentaire, les deux scènes qui suivent sont donc probablement racontées avec oublis majeurs voire contresens.)

Une femme apporte une énorme malle sur roulettes, dans laquelle on suppute la présence de matériel de scène pour musiques amplifiées. Elle se place devant cette malle, enlève sa robe et, nue, ouvre la malle. Une quantité incroyable de balles de tennis en sort et inonde littéralement la femme. Je crois qu’elle quitte la scène. Quatre personnes composent la scène finale, mais deux seulement font quelque chose d’intéressant : avec un ou deux pistolet sur la tempe, ils hurlent silencieusement un texte qu’ils semblent lire (la feuille qu’ils tiennent est probablement une photocopie de bon de commande administratif, mais peu importe), alors que deux machines déroulent et projettent au-dessus de leur tête un très long fil de cuivre d’au moins 2 millimètres de diamètre qui, peu à peu, s’enroule autour d’eux et autour des spectateurs du premier rang (dont je fais partie, d’où ma capacité à juger du diamètre dudit fil).

Ils ne quittent plus une scène mais un foutoir de fusils, de balles de tennis, de guitares et de fil de cuivre (cliquez si vous voulez agrandir).

Foutoir

Tout cela est, encore une fois, très photogénique. On regrette presque de ne pas avoir assisté à cette seule scène finale mais, notre dimension spatiotemporelle étant ce qu’elle est, il n’est pas question de pleurer le temps passé, à peine équivalant à une poignée d’heures, à voir le reste de cette œuvre d’art.

Art contemporain et Cultural Studies

Ami amateur des Cultural, Porn et Queer Studies, cette information va t’intéresser :

Art contemporain et Cultural Studies

Journée d’études de la revue Marges
Vendredi 24 février 2012
INHA, Salle Giorgio Vasari, 2 rue Vivienne, 75002 Paris (M° Bourse). Entrée libre.

On a longtemps parlé d’exception française pour évoquer le manque d’intérêt des recherches en sciences humaines pour les études culturelles (au sens anglo-saxon des Cultural Studies). Rares sont les chercheurs en histoire de l’art, arts plastiques ou esthétique qui s’y intéressent. L’art contemporain est pourtant régulièrement envisagé comme une « culture », celle d’un monde de l’art qui en tant que tel met en jeu des rapports de pouvoirs et des politiques de représentation. L’apport des études culturelles à l’analyse des phénomènes liés à l’art contemporain peut-il permettre une nouvelle forme de questionnement sur ses objets, ses méthodes ses acteurs ? Il sera question ici d’interroger les rapports de force ou relations de résistance, et plus généralement les marqueurs et enjeux de pouvoir induits par le monde de l’art contemporain. Il s’agira autant d’étudier des pratiques artistiques spécifiques entrant en résonance avec les études culturelles, que d’interroger les enjeux politiques ou géopolitiques du culturel dans l’art contemporain et l’éventuel tournant épistémologique que ce nouveau regard est susceptible d’impliquer vis-à-vis de catégories disciplinaires bien établies.

9h30 Accueil des participants
9h45 « Jimmy Durham critique de l’artiste autochtone » par Maxence Alcalde (Université Paris 8)
10h30 « Anish Kapoor est-il un artiste occidental ou Indien » par Christine Vial-Kayser (Conservatrice du Musée-promenade de Marly-le-Roi)
11h15 « Huang Yong Ping face à l’art contemporain » par Shiyan Li (Université Aix-Marseille)
12h Questions/Discussion
12h30-14h Déjeuner
14h « De la danse contemporaine au Maghreb à une danse contemporaine maghrébine » par Mariem Guellouz (Université Paris Descartes)
14h45 « Art chorégraphique contemporain d’Afrique, enjeux d’une reconnaissance » par Annie Bourdié (Université Paris Est Créteil)
15h30 Questions/Discussion
16h « L’histoire de l’art face aux pratiques culturelles et artistiques féministes queer en France » par Marie-Emilie Lorenzi (Université Paris 1)
16h45 « Les Porn Studies dans l’art contemporain, mise en spectacle et émancipation du corps pornographié » par Emilie Landais (Université Paul Verlaine Metz)
17h30 Discussion et remarques conclusives.