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Totalement déboussolés – une réponse

En réaction à ce post, j’ai reçu ceci de la part de Julie Navarro, exposée dans la tragiquement dépourvue d’informations exposition « Totalement désarçonnés »:

Bonjour,
Je découvre par hasard vos commentaires sur l’expo Totalement désarçonnés.
Je crois que les conditions d’accrochage n’ont pas permis aux organisateurs pendant l’exposition de poser les cartels, mais le catalogue expliquera mieux le pourquoi du comment.
Pour vous, voici l’explication de Madeleine et René…
« « Madeleine et René » , une fiction brodée qui réinvente les amours de René de Longueil , commanditaire du château de Maisons. René aimait Madeleine, son épouse, dont nous n’avons pas de représentation. J’ai voulu imaginer le visage de Madeleine emprunt d’une beauté diaphane et qu’il retrouve une place éternelle aux côtés de la gravure de son mari. Les petits formats décrivent la vie qu’ils auraient pu avoir si Madeleine n’avait pas quitté ce monde prématurément pour le plus grand malheur de René qui avait fait dessiner le château pour elle avec des espaces intimes et d’autres dédiés aux divertissements les plus extravagants. On les voit ainsi d’un côté, saisis dans leur pleine jeunesse, jouant de leurs charmes, et de l’autre, avec les années passant, nourris d’un amour tranquille. »

Bien à vous,

Julie

C’est vraiment très urbain de me donner ces infos, mais ça n’enlève pas mon incompréhension totale face à l’absence de médiation sur place…

Pour en savoir plus sur l’artiste, naviguez donc par là-bas. Et pour en voir plus, allez plutôt par ici.

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Vernissage

– Pourquoi tu prends en photo les notices ? Elles sont dans le catalogue.

– Oui, j’ai vu, mais c’est pour avoir le nom de l’artiste à portée de fichier, quand je trierai [jamais] mes photos de l’expo.

– Et là tu vas prendre en photo tout le doc ? J’ai horreur de l’art documentaire.

– Non, seulement la première page. Ça parle de quoi ?

– C’est une convocation devant les tribunaux… L’artiste reproche au FN de pirater les recherches sur Google de son nom, parce qu’on tombe sur une ville FN depuis les dernières municipales.

– Est-ce que l’histoire nous dit si c’est une vraie convocation ou un fake ?

– Non.

– Regarde. Faire un espace documentation et lecture, comme c’est original. C’est vraiment sur cette proposition qu’il a été sélectionné ?

– Aucune idée. Mais les visiteurs sont contents d’avoir un coin de chaise pour s’asseoir. Tu as lu sa notice, à l’artiste ?

– Je vais tuer le crétin qui a décidé d’annoncer les artistes par ordre d’état civil. Impossible de m’y retrouver. Bordel.

– Alors lui avec sa nudité crue, il a bon dos, il ne nous montre que des boules. Poilues en plus.

– Moi la peinture, vraiment je n’aime pas.

– Ah moi non plus.

– En fait je me demande « La peinture… Pourquoi ? »

– Oh là, hé ho dites donc là, attention les filles, vous faites de la généralisation à deux balles là.

– Naaan, mais je saiiiis, que si l’artiste me prend par la main et me raconte ce qu’il y a là-dedans, bien sûr que je vais apprécier, je vais arrêter de poser des questions cons.

– Ben voilà, ben voilà. Maintenant il faudrait mûrir et être un peu honnête alors. Moi aussi avant je disais « boah, la peinture, nan mais pff » et en fait, j’ai tellement de « sauf Machin, et sauf Truc, pis bon c’est vrai que Bidule il fait des trucs juste perfect », que je ne peux plus dire, non vraiment je ne peux plus prétendre que la peinture c’est laid.

– Oui mais il y a un truc fondamental avec le medium.

– Oui voilà c’est ça, c’est un problème de médium.

– Disons ça…

– Tu sais, je fais souvent des déclarations généralisantes dont je ne suis pas fière.

– Mouais. Ça ne t’excuse pas.

– J’aimerais faire une déclaration. Autant d’artistes qui produisent une œuvre protéiforme, moi, ça me met – en – joie.

– Rho, sois gentille avec les critiques. Écrire des notices en chaîne comme ça, c’est vraiment pas le plus facile. Tu as un tic de langage et paf, il se retrouve dans la moitié de tes textes.

– En plus, dans certains cas, les auteurs ont dû pondre le texte sans avoir une idée précise des pièces qui seraient montrées…

– Mouais, d’accord. N’empêche, il y a autre chose à dire que protéiforme, dans notre belle langue.

– Ah, tu vas pas aimer, ya encore un artiste protéiforme par là-bas.

– Ah j’en ai vu à Monop des clochettes comme ça, je vais m’en acheter.

– Mais le problème c’est que je ne saurai pas quoi mettre dessous. Je n’ai pas d’objet précieux à isoler du monde.

– Sympa le graphisme en 3D.

– Ah tiens, une installation dans la cimaise. C’est pas commun.

– Han j’adore ça, j’adore les plumes.

– Heu alors les morceaux d’animaux, non, je dis non, vraiment.

– Han nan, c’est trop bien les plumes, j’adore.

– Putain ya une œuvre en Légo®!!!!

– Et c’est un cercueil en plus!!!!

– Ya même le mode d’emploi!!!!

– Comment c’est trop la bonne idée!!!!

– Tu crois que c’est la même personne qui comble les crevasses avec des Légo® dans la rue ?

– Non, à mon avis non. C’est bien trop commun. Ici on a droit à la crème de la crème de la jeune création.

Performer la performance : quel intérêt, déjà ?

Ça a commencé à peu près comme ça :

« Meuf, j’ai vu dans le programme de Relectures qu’il y a un événement au Musée Commun rue Saint Blaise, ça t’intéresse ? Bon c’est le type qu’on a vu dimanche dernier et il vient faire le 2356ème show sur le thème de documenter la performance, mais je vais y aller par curiosité pour ce Musée Commun dont diable de zut, je n’ai jamais entendu parler. »

Puis ça a continué rue Saint Blaise, donc, au Musée Commun : structure « innovante et expérimentale » installée dans une maison des pratiques amateurs tout à fait dans le ton de ce quartier populaire-fleuri-bobo, pas très loin de Khiasma. « Pas très loin » en termes de vol d’oiseau, pas de vol de Parisien, j’entends.

Khiasma-MPAA rue Saint Blaise

Plus tard on apprendra que « innovante et expérimentale » signifient respectivement « avec peu de moyens » et « pour pas longtemps ».

On apprendra aussi que le Musée Commun s’appelle comme ça en souvenir d’une vieille utopie de partage des savoirs (une époque que les moins de 300 ans ne peuvent pas connaître) et que celui-ci n’aura pas grand chose en commun (huhuhu) avec le Louvre, mais que comme souvent, le nom du lieu importe moins que ce qu’on y fait. En l’occurrence, dans ce musée on fait des rencontres, des conférences, des lectures, bref des choses qui ont besoin d’un ici, d’un maintenant, d’un public et d’un ou plusieurs guignols. Commun, comme concept – on vous avait prévenus – mais le MC ne prétend pas inventer la poudre et si on se rappelle qu’il est « innovant », on ne peut pas lui en vouloir.

On se dira en amont que se creuser les méninges sur le fait de documenter la performance, en effet, ne casse pas trois pattes à un canard. En revanche, performer le document, quand on s’appelle Guillaume Désanges et qu’on a déjà raconté l’histoire de la performance en faisant faire un certain nombre de gestes à un performer, ça a un sens.

Sur le moment, on sera attentive lorsque GD rappellera qu’il avait avancé, à fort juste titre le dimanche précédent, que la plupart des historiens de la performance n’ont pas vu les œuvres dont ils parlent. On se rappellera finalement que ce GD dit parfois des choses plutôt bien inspirées.

(source)

On sera très concentrée durant les premières minutes de la rencontre – appelons ça ainsi – lorsque GD énonce les artistes qui, selon lui, « performent » le document, c’est-à-dire le jouent, le montrent, le mettent en scène, le mettent en page. OK.

Au passage on se rappellera qu’Olivier Marboeuf a une obsession salutaire et certaine pour l’histoire racontée par (pour/sur/derrière/on ne sait plus) les minorités, et lorsqu’il dira porter son attention sur le moment où l’on raconte une histoire, plus que sur les contenus de cette histoire, on voudra bien être d’accord avec lui.

À un moment, on décrochera, parce que c’est un peu difficile de suivre une discussion entre deux amis qui digressent chacun dans leur direction, mais on n’aura pas l’impression de perdre son temps : critère du label suprême de qualité du collimateur.

On s’accrochera à l’idée que les performances qui remplissent les livres d’histoire de l’art auraient bien pu ne jamais se passer, l’important étant de savoir pourquoi et comment elles remplissent les livres d’histoire.

Pour raccrocher ces wagons à ceux de notre rêverie intérieure, on se dira qu’on a été tentée, souvent, de raconter les choses sans se soucier de la manière dont elles s’étaient réellement passées. Et que cette manière toute personnelle de raconter des histoires n’a rien d’exceptionnel, paradoxalement.

En fin de course, on sera contente d’avoir découvert le Musée Commun.

« Ouh que c’est mignon ces photocopies »

Quelques semaines plus tard, le Collimateur n’en peut plus de rire devant les images de cette exposition de photocopies en plein air, sur les murs du CAPC.

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