Archives de Tag: Futurs diplômés

Mais qu’ont-ils donc en tête ?

Jour 1 :

« Bonjour, je n’aime pas la note que vous m’avez mise. »

« Effectivement, tu as mérité une sale note. Si tu veux en parler, viens J+1 ou J+5, à telle heure. »

J+3 :

« J+5, j’ai cours à telle heure, c’est gênant. »

« Alors, viens à telle heure. »

J+13 :

« Bonjour, j’imagine que, comme moi, vous n’êtes pas venue au rendez-vous alors je n’ai aucun scrupule à vous dire que j’y étais ni à vous reprocher votre absence. J’en profite pour vous dire que vos autres étudiants majeurs, vaccinés et doués de parole non plus, ils n’ont pas aimé leur note alors je me permets, pendant que j’y suis, de vous reprocher la note que vous leur avez mise. »

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Fac art

C’est comme le street art, mais dans la fac.

C’est une question rhétorique ou ils y croient vraiment ?

« Bonjour, maintenant que vous avez eu vos notes, si vous voulez en discuter vous pouvez me communiquer vos disponibilités pour qu’on convienne d’un rendez-vous. »

« Bonjour, c’est possible de savoir ce qui n’allait pas sans passer par un rendez-vous ? »

« Conçue et réalisée à partir de nos récentes acquisitions »

– « La question de la mémoire » : on va se marrer, je le sens.

– Encore un journal d’expo en A4 ? Ils sont pénibles, ça ne rentre pas dans mes poches.

– Ah, c’est l’œuvre qui sert d’icône pour l’expo. C’est gentil de nous l’avoir mise en début de parcours, on n’est pas perdus.

– Ce qui est dommage c’est qu’elle est tellement hallucinante que le reste de l’expo risque d’être d’une tristesse sans nom.

– Neuhon, ne dis pas ça, ils ont fait des efforts : « une salle/une œuvre » pour « une parfaite autonomie » des œuvres, nous dit le commissaire.

– Ieurk, c’est de l’encre de Chine, t’approche pas.

– Entre ça qui gicle et le gravier de Pétaouchnoque à Noisy, elles deviennent drôlement salissantes les expos de nos jours.

– C’est génial d’avoir fait rédiger les notices par des étudiants : on échappe à la rhétorique commissaire-d’expo-qui-a-fait-des-études.

– Oui enfin là c’est parce qu’ils sont en première année, moi j’attends de voir leur projet de Master 2.

– Tiens, Bruno Serralongue, ça me rappelle la Cité.

– Sauf que là, il n’y a aucun risque de se faire occuper par les Sans Papiers.

– C’est vrai qu’on est tranquilles, ce n’est pas ici qu’on verra surgir le monde réel.

– D’ailleurs, l’apprenti médiateur l’a bien écrit : « l’artiste ne rend pas compte de l’événement lui-même » mais s’intéresse à ce qui se passe « à la marge ».

– Aaaaah, ça les marges, ils aiment bien, les centres d’art.

– Tiens, une nana, ça faisait longtemps.

– Une nana ? Pas sûre, l’apprenti médiateur en fait une « écrivain.».

– C’est ça qui est bien avec les jeunes, c’est qu’ils n’ont jamais peur de se ridiculiser en suivant la tendance grammaticale dominante.

– En attendant, l’œuvre est complètement polluée par « la musique diffusée à volume élevé » de l’autre, là à côté. Si ce n’est pas un flagrant délit de mauvaise foi, alors je ne sais pas ce que c’est.

– Justement, sache que nous avons affaire là à une « partition » « propice aux échanges », non à une suite de mots qu’on aimerait lire tranquille.

– Aaaaah, ça doit être pour ça qu’elle est coincée tout en haut de la cimaise. Je serais paranoïaque, je ferais un commentaire accusateur.

– Heureusement que tu n’es pas paranoïaque, alors.

– Bon, j’ai faim, on active ? De toutes façons celle-ci on connaît.

– Celle-là aussi, et celle-là aussi.

– Économique, le concept de « mémoire des visiteurs les plus fidèles du Plateau.».