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Une nouvelle façon de vous encanailler

Après avoir osé tout ceci, écrasez le dernier rempart qui vous sépare d’une vie libre et décomplexée.

Osez les musées

« Paris 1900 » au Petit Palais : une expo très jolie…

L’exposition Paris 1900 tient plutôt honnêtement les deux promesses faites par son affiche : nous montrer les splendeurs de l’Art nouveau et la chaleur des cabarets célébrés par Lautrec.

L'affiche  de l'expo Paris 1900

La première salle étant consacrée à l’Exposition universelle de 1900, on y découvre les versions du Petit Palais auxquelles on a échappé, et on a un aperçu des autres pavillons construits pour l’occasion.

En attrapant au vol une visite conférence, j’ai appris que la grande roue faisait autour de 100 mètres de diamètre, accueillait un millier de personnes à la fois et que là où nous avons de simples nacelles, les passagers de 1900 avaient droit à des wagons de métro… À titre de comparaison, ce site nous apprend que la grande roue des Tuileries ne fait que 65 mètres de haut. Art nouveau oblige, la scénographie reprend (ou singe, selon le point de vue) évidemment les courbes des édicules des stations de métro de Guimard, particulièrement dans la première salle.

Dans la salle consacrée à l’Art nouveau, j’ai revu les belles rousses d’Eugène Grasset (qui me rappellent décidément ce petit bonhomme), une poignée de canne très classe de François-Ruper Carabin et bien sûr les éternels zigouis d’Herctor Guimard et d’Alfons Mucha.

Poignée de canne par François-Ruper Carabin, la classe incarnée

Poignée de canne par François-Rupert Carabin, la classe incarnée.

Quelque part, une affiche publiée par l’Union centrale des Arts décoratifs m’a montré une femme désignant, à l’aide d’une longue baguette d’institutrice, le titre inscrit sur un tableau noir : « Les Arts de la femme », face à une autre femme elle-même en train de broder un napperon déjà en position entre un guéridon et un flacon de parfum. Car pour communiquer sur les différentes foires mises en place par l’Union centrale des Arts décoratifs, nous dit le cartel, il a fallu faire des affiches. Ah ben oui, tout s’expliquait.

C’est à ce moment que j’ai décidé de télécharger l’application Paris 1900. Tout à coup ma vie a eu un sens, un but, une mission ultime : patienter durant les 18 minutes qu’ont duré le téléchargement, mon enquête auprès des gardiens pour connaître le meilleur spot pour capter le signal wifi (supposément) accessible sur place, ainsi que le chargement des premiers contenus de l’appli…

Appli Paris 1900 pour Android, tout un poème Appli Paris 1900 pour Android, tout un poème

Fort heureusement, la 3G a pris le relais et j’ai pu continuer ma visite avec une salle qui a retenu environ 70 % de toute l’attention portée à l’exposition : « Le Mythe de la Parisienne ». Tout un programme ! Mes lunettes de féministe étaient déjà sur le point de hurler à l’exploitation des femmes qui ont fait, malgré elles, la réputation de Paris, mais elles se sont calmées en voyant que le thème de la salle était, pour moitié, un prétexte pour parler de mode. Pour l’autre moitié tout de même, de belles perles ont été pondues.

Le texte de l’appli est assez clair : les Parisiennes de tous rangs sociaux ont la réputation d’avoir la classe. Enfin, dans le détail, ce n’est pas tout à fait de style dont on nous parle.

Avant de voir qu’est-ce donc que la classe à la Parisienne, voici un écho assez désolant à cette section de l’expo, directement prélevé dans notre belle société de 2014 :

Les Françaises, fantasme planétaire

N’ayons pas peur des mots : pla-né-taire.

S’agit-il de « style » lorsque par exemple, cette collection de cartes postales intitulées « La Journée de la Parisienne » nous présente une femme plus ou moins vêtue qui passe le temps d’une journée à se lever tard, boire, fumer, faire du shopping, assister à des spectacles et se coucher ? Rien n’est moins sûr.

Albert Bergeret, La Journée de la Parisienne, v. 1901

Albert Bergeret, La Journée de la Parisienne, v. 1901.

Un vieux visiteur, faisant semblant de parler seul, me souffle : « Finalement elle en foutait pas une, la Parisienne ! », juste avant qu’un groupe d’adolescentes s’exclame en revanche : « Rho, elle fume ! T’as vu elle fume ! »… Cela montre, plus de cent ans plus tard, que ces cartes provoquent encore les réactions qu’elles sont censées provoquer chez les gens chez qui elles sont censées les provoquer. Tout va bien !

Devant ces chaussures (pardon pour la qualité déplorable des photos, l’accrochage de textiles et de papier nécessite un éclairage pas très sympa pour les objectifs un peu pourris de type téléphone portable) :

Escarpins de ville

Escarpins de ville, v. 1900.

…une jeune visiteuse s’écrit : « Personne ne rentre là-dedans, on est d’accord ? ». On est d’accord.

Plus loin, un article nous fait l’éloge d’un « geste de la Parisienne » : celui de retrousser ses robes pour ne pas les crotter. L’article est signé Maurice Ravidat, le cartel nous parle d’Antonin Reschal, peu importe. Devant cette vitrine, c’est un vieil homme qui dit à sa vieille femme : « Nan nan mais c’est vraiment très représentatif, tout ça. » Représentatif de quoi, je ne saurai jamais. Mais d’accord, il s’agit bien de style dans ce cas-là.

Juste à côté, ce n’est plus de style dont on parle.

Felix Vallotton, exercice d'entraînement...

Felix Vallotton, « Exercice d’entraînement »…

J’ai particulièrement aimé le cartel :

Felix Vallotton, exercice d'entraînement

Dites donc, mesdames et messieurs les auteurs de cartels, ça vous aurait arraché la plume d’ajouter une pointe de recul dans vos textes ? Je vous en foutrais du clin d’œil ironique moi, vous feriez moins les malins.

La démonstration de « Oh làlà dis donc ils z’étaient super sexistes à l’époque » continue avec l’exposition d’un article hautement condescendant d’Auguste Germain sur les « midinettes » : les minettes qui se font une dînette à midi, autrement dit des jeunes femmes qui déjeunent en ville, pas loin de leur travail. Le texte est long, accroché en hauteur et très mal éclairé, dans une alcôve prévue pour accueillir deux chapeaux et une poupée de chiffons, mais il vaut la lecture complète. Il commence par les clichés du genre, c’est-à-dire du regard masculin établi sur le féminin précaire : « Elles assaisonnent leurs repas de gaité et de rires, condiments qu’on ne trouve pas toujours dans les salles à manger sérieuses ». Les Midinettes décorent l’environnement de ces messieurs, dis donc.

Les trois quarts de l’article sont sur ce ton. Puis on parle de difficiles conditions de travail et de chômage durant un paragraphe, mais avant de tomber dans l’étude socio-économique trop poussée (vraiment pas adaptée à un sujet aussi léger, voyons), on passe au coup de grâce final :

« Il en est enfin [des jeunes femmes employées dans des ateliers de couture] qui se marient à de petits employés ou de petits commerçants, auxquels elles diraient : « Tu vois, je t’en fais des économies ! Si tu avais épousé une autre femme, il t’aurait fallu payer des couturières… tandis que moi je fais mes robes moi-même. »

Et de cela, elles pourront tirer un certain orgueil. Car si, de cette façon, elles ne mettent pas à mal la bourse de leur mari, elles contribuent par leur savoir-faire et leur « chic » inné à embellir – grâce à leurs toilettes faites de rien, mais si pimpantes – notre Paris glorieux, Paris où les Midinettes font autant d’Altesses qui servent à magnifier les reines de la Beauté. »

Décidément, Paris en 1900 c’est que du bonheur. La salle consacrée à « Paris la nuit » le confirme en parlant des cabarets, mêlés aux bordels, dont l’image nous hante depuis l’affiche. Là j’ai appris que l’appellation « maison close » vient du fait que les bordels gardaient leurs volets fermés sur la rue. Encore un fait toujours d’actualité en 2014. Dans cette section, j’ai particulièrement aimé la cohabitation d’une prostituée en train de se piquer à la morphine et du « fauteuil de volupté » [une espèce de structure à baise bâtie et finie à la façon d’un mobilier royal, dont on ne comprend pas très très bien toutes les options] du prince de Galles Édouard VII.

La dernière section est consacrée au spectacle, et bien entendu la moitié à Sarah Bernhardt, dont on utilise l’image même pour vendre des spectacles dans lesquels elle ne joue pas.

Cela dit, c’est toujours sympa d’avoir l’occasion de voir Le Voyage dans la lune sur (relativement) grand écran.

Paris 1900 montre clairement ce qu’on veut voir : des poutres en métal, des nouilles, des belles rousses, des putes en joie et des jolies bottines. L’expo évoque seulement l’envers de ce décor, et sans prendre vraiment parti, c’est dommage. L’expo Paris 1900, c’est un peu la Parisienne à l’heure de midi finalement : jolie, distrayante et un peu basse du front mais sans qu’on puisse lui en vouloir. Choupette.

Les racines du bunker

Alors que je cherchais la sortie de ceci, je me suis perdue.

Se perdre dans la Tate

Pour ma défense, tout est partout pareil dans ce machin.

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Et quand il n’y a même plus de public qui traîne parce qu’il est 20h42, c’est pire.

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Je suis alors tombée sur les Tanks. Une grande fatigue m’envahit s’il me faut décrire dans le détail ce que c’est alors laissons la parole aux professionnels de la médiation :

The Tanks 1

The Tanks 2

Pour les arty Parisiens, les Tanks à la Tate Modern sont un peu les deux étages déterrés du Palais de Tokyo disons. Pour les autres, voilà un aperçu :

William Kentridge dans les Tanks

Quelques installations et vidéos y sont exposées, mais ce qui m’a le plus intéressée est le dispositif de médiation/interaction mis en place.

Un poster mixant avis des consommateurs et bandes-annonces de la programmation était (est peut-être encore) proposé :

The Tanks : the poster

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Mais c’est le livre d’or sur Post It qui m’a complètement fascinée :

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L’ascenseur de la solidarité

Ascenseur pour Picasso