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La découverte Inter

Mazette, la vieille voix de tête à claques indolente en slim et Ray-Ban démesurées. Mais ça vaut le coup d’écouter. En plus c’est gratuit. Et puis un groupe qui kiffe à ce point ce signe-là ≠ ne peut être foncièrement décérébré.

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Live report

[Mode d’emploi : ce ne sont pas les spoilers – la totalité de ce texte est un spoiler – mais les informations futiles qui sont en blanc. Surlignez si vous voulez lire tout le texte, ne le faites pas si vous voulez garder un minimum de suite dans la lecture]

Ce qui est sympa quand on va au théâtre de la Ville pour voir de la danse contemporaine, c’est qu’il n’y a (presque) que des gens lookés donc, pour peu que le metteur en scène ait choisi une musique un peu post-rock mais encore assez dancefloorable pour faire patienter nos oreilles le temps que tout le monde trouve sa place, et pour peu qu’on ait, nous, trouvé notre place et qu’elle soit plutôt en bas, tout près de l’entrée des artis spectateurs, on se croit dans un défilé de mode. En plus, en général, les gens lookés sont assez anguleux et ont cette démarche qui fait ressortir leurs épaules et les os de leur bassin sur un plan horizontal en forme de pendule, ou de poire, selon leur hauteur (un jour je prendrai des cours de kinésithérapie pour décrire scientifiquement la démarche chaloupée de ces grandes et minces silhouettes qui me font rêver, mais en attendant, chères lectrices, chers lecteurs, il va vous falloir vous contenter de ce vocabulaire primaire et imagé). Tout cela est très photogénique et tellement fascinant qu’on en oublierait la raison d’être de notre venue.

Heureusement, la scène a aussi son petit cachet, toute emplie qu’elle est d’amplis, de guitares et de basses électriques (il y a aussi des fusils qui tournoient lentement au sol et des machines à lancer des balles de tennis, mais ça me parle moins). De ce fait, en bonne cancre zélée du spectacle vivant (plus bas dans ce post je reviendrai peut-être sur ma conception du cancre zélé), on pense immédiatement au dernier spectacle de supposée danse vu, sur la scène duquel trônaient basses, guitares, amplis, câbles, micros et batteries et l’on se dit «Chouette, un truc à la Micro (de Pierre Rigal, une tuerie zicale drôle et jouée avec talent quoique légèrement redondante par moments), on va se marrer.»

Et non, en fait, c’est chiant.

Alors on prend ses distances vis-à-vis de la position conventionnelle du spectateur, en ayant honte de ne pas être aussi droite et concentrée que l’homme jeune et fin assis à côté de nous, et on tente de prendre son mal en patience. Comme souvent, le petit carnet où ont été inscrits d’abord ces mots sert tout à coup de doudou et l’on se laisse emporter par la position du suce-pouce qui, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, n’est guère un signe de fascination positive vis-à-vis de ce qu’on a sous les yeux.

Qu’est-ce que c’est chiant, diable.

Il y a une démonstration de pliage en anglais puis dans une langue asiatique incompréhensible. Le démonstrateur asiatique est plus nerveux et plus agressif que l’anglais, les gens comprennent probablement moins ce qui se passe mais ils rient plus.

Puis ça redevient chiant et proche du silence, la salle est de nouveau éclairée, et on dirait que les spectateurs (les autres, ceux qui n’ont aucun complexe de cancrerie en termes de spectacle vivant) ont attendu ce moment pour s’en aller, plus ou moins tranquillement, au rythme de 4 à 7 par minute environ (car oui, j’ai compté).

Ça crée une petite animation dans la salle. Quelqu’un se met à applaudir, d’autres le suivent, ça en fait rire d’autres. Sur scène, l’action est particulièrement ennuyeuse et je suis convaincue que c’est la quasi absence de son, et non seulement d’action, qui génère cet ennui. Les femmes sont en robe à paillettes et escarpins, les hommes sont en costumes à paillettes (la vieille injustice) et chaussures de soirée, et l’on est décidément très loin du savoir-faire potache et divertissant de Pierre Rigal, cette fois c’est sûr.

Cela fait un bien fou de voir une salle qui vit. On pense alors à ce film de Guy Debord dans le titre duquel figure le terme « hurlements » et au sujet duquel l’histoire a retenu que ce sont les premiers spectateurs, outrés, qui ont créé ces hurlements en vociférant au scandale pendant la projection (j’ai fait mes devoirs depuis et si vous voulez en savoir plus, googlisez donc hurlements+Guy Debord), comme un réflexe ultime de réinjecter de la vie là où manifestement, elle manque. Il ne se passe rien sur scène ? Pas de souci, on n’a qu’à faire l’animation de la salle.

On se fait des idées sur les gens, c’est fou. Parce que c’est le théâtre de la Ville, avec défilé de looks et strapontin à 15 euros, on s’imagine que les gens sont là pour jouer le jeu des habits neufs de l’empereur quoi qu’il arrive (oh, ça me fait penser que vous, lectrices et lecteurs assidus, risquez de lire deux fois ce mot en peu de temps car autre chose m’a inspiré cette nouvelle, récemment). En fait, non. Les gens sont un peu plus détendus que cela. Tellement qu’on en vient à se demander si les animateurs de la salle ne sont pas des spectateurs bidons qui font partie du spectacle puisque apparemment, ils font le spectacle. Ce serait alors comme un hommage à Guy Debord. Pourquoi pas.

Soudain, une voix s’élève : « Il fut un temps », vocifère-t-elle du haut de la salle (qui, je le rappelle pour les deux du fond, est immense) avec coffre et assurance, à tel point qu’on se dit que oui, évidemment, si l’action vient de la salle c’est qu’elle fait partie du spectacle, au sens le plus strict, « …où vous, public parisien », continue-t-elle, de manière à ce qu’on se dise ah tiens non, ce n’est pas exactement prévu, « …réagissiez face à la supercherie, et à l’imposture ! ». La salle évidemment se gausse, applaudit, commente. Cela dure à peine une minute puis des « chhhhhut » se font entendre.

Le spectacle étant toujours aussi péniblement ennuyeux, l’on se laisse aller au commentaire composé. Imposture ? Pas si sûre (pardon, c’est la deuxième rime riche ou classe moyenne de ce post, à la troisième je change de crèmerie). Je pense plutôt que le problème de ce qui se passe sur scène est sa nullité absolue. Imposture, ce serait si quelqu’un d’extérieur au Théâtre et de plutôt légitimant avait prétendu que nous verrions un chef d’œuvre. Ou si quelqu’un de la compagnie même nous avait promis que nous nous amuserions, ou que nous apprendrions quelque chose sur le pliage. Je ne peux parler pour le reste de la salle mais en ce qui me concerne, personne ne m’a rien promis sur ce spectacle. Aucune promesse, aucune déception, aucune imposture. Je suis là parce que j’ai entendu d’une bouche familière « J’ai des places » (je ne vais quasiment au théâtre que de cette manière, d’où ma position de cancre – je ne fais jamais mes devoirs avant – zélée – je suis en général assez enthousiaste pour, du tac au tac, répondre présente à ce genre d’invitation).

Alors non, ni imposture, ni supercherie, ni billevesée, simplement une belle chiantise subventionnée. Quand les artistes viennent saluer, on ne peut même pas leur en vouloir de faire la gueule. Les hommes refont leur lacet plutôt que de plier le dos, la salle est de nouveau éclairée et les gens s’en vont. Puis un homme revient, habillé comme pour le cocktail qui suivra la représentation, celui où les artistes rassemblés entre soi vont pleurer l’incompréhension butée du public parisien, se dit-on. Il se plante sur la scène après avoir ramassé une guitare et joue le motif zical de la pièce. Est-ce un acte de rébellion face à l’attitude irrespectueuse de la – minorité de la – salle ? Un autre homme arrive, puis un autre, puis une femme, puis tous sont de nouveau là, en tenue de soirée, jouant stoïquement le thème de la pièce – faut-il le préciser ? Thème répétitif, presque chiant. Cela dure un petit moment.

Les gens qui n’étaient pas encore sortis de la salle sont bien contents de n’avoir pas cédé aux sirènes du « Vas-y viens on se casse c’est aberrant de chiantise » et assistent à un second salut, en tenue de soirée cette fois, avec renouage de lacet synchronisé et déguerpissage de la scène tout à fait identiques aux premiers.

(À ce stade, le petit carnet-doudou est retombé au fond de mon sac et de toutes façons, les muscles de mon bras droit refusent de faire le moindre mouvement supplémentaire, les deux scènes qui suivent sont donc probablement racontées avec oublis majeurs voire contresens.)

Une femme apporte une énorme malle sur roulettes, dans laquelle on suppute la présence de matériel de scène pour musiques amplifiées. Elle se place devant cette malle, enlève sa robe et, nue, ouvre la malle. Une quantité incroyable de balles de tennis en sort et inonde littéralement la femme. Je crois qu’elle quitte la scène. Quatre personnes composent la scène finale, mais deux seulement font quelque chose d’intéressant : avec un ou deux pistolet sur la tempe, ils hurlent silencieusement un texte qu’ils semblent lire (la feuille qu’ils tiennent est probablement une photocopie de bon de commande administratif, mais peu importe), alors que deux machines déroulent et projettent au-dessus de leur tête un très long fil de cuivre d’au moins 2 millimètres de diamètre qui, peu à peu, s’enroule autour d’eux et autour des spectateurs du premier rang (dont je fais partie, d’où ma capacité à juger du diamètre dudit fil).

Ils ne quittent plus une scène mais un foutoir de fusils, de balles de tennis, de guitares et de fil de cuivre (cliquez si vous voulez agrandir).

Foutoir

Tout cela est, encore une fois, très photogénique. On regrette presque de ne pas avoir assisté à cette seule scène finale mais, notre dimension spatiotemporelle étant ce qu’elle est, il n’est pas question de pleurer le temps passé, à peine équivalant à une poignée d’heures, à voir le reste de cette œuvre d’art.

Session de rattrapage

J’ai déjà parlé des éditions pour les nouilles, voici maintenant deux vidéos pour les incultes en histoire de l’art. Jeu : saurez-vous retrouver les auteurs des images inspirant ces vidéos ?

Clip de Ogre Prod pour Hold Your Horses :

Générique de Desperate Housewives saison 1 (je n’ai pas le nom du réalisateur du clip mais la musique est de l’excellent Danny Elfman, entre autres créateur de musiques pour Tim Burton) :

« Au fil de l’œuvre », une exposition qui parle d’œuvres

D’emblée, le titre pléonastique confirme ce qu’on va voir à La Galerie de Noisy-le-Sec – au cas où l’on s’attendait à voir autre chose que des œuvres dans une exposition d’art contemporain.

Une fois dans l’exposition, la précaution se révèle tout de même utile. La moitié des choses exposées sont faites de bric et de broc et ressemblent étrangement aux encombrants que l’on trouve sur les trottoirs de Paris. Le reste est plus rassurant : compositions plutôt léchées, souvent en deux dimensions et accrochées au mur, elles ont tout à fait leur place entre les murs blancs du centre d’art.

Davide Balula

Davide Balula

La cohabitation du lisse et du bazar à jeter ne se fait pas sans peine. Comme dans toute exposition collective, ce sont finalement les différences les plus évidentes entre les œuvres qui nous frappent. On se met à comparer le temps nécessaire à la réalisation de chaque œuvre, pour les classer en deux groupes : les vite faites et les minutieusement réalisées. Le jeu pourrait être monotone, mais il n’est pas aussi facile qu’il en a l’air.

L’exposition, dixit Marianne Lanavère, directrice de La Galerie et commissaire de l’exposition, vise à montrer des processus de travail. Heureusement, il ne s’agit pas d’œuvres in progress qui évolueraient au fur et à mesure de l’expo, comme c’est trop souvent le cas* dès qu’on aborde cette question du temps de l’œuvre. C’est plutôt le temps de la réalisation qui est donné à voir – en tout cas, donné à deviner.

Car les plus négligemment assemblées ne sont pas celles que l’on croit : les sculptures de Mathilde du Sordet, qui ressemblent à s’y méprendre à des amas de déchets, sont en fait des compositions mûrement réfléchies. Contrairement aux apparences, le recyclage militant est ici hors de propos : dans un contexte écolo-culpabilisant, ça repose. En fait, ces objets semblent faits pour être vus en tant que lignes, volumes et couleurs, formes abstraites éloignées de leur réalité matérielle. À l’opposé, les œuvres de Diogo Pimentào, aux allures très léchées et fragiles, sont le résultat de mouvements énergiques : secouer, barrer, chiffonner, des gestes réalisés à grande échelle qui donnent des sculptures et dessins de très grand format.

En confrontant différentes temporalités et en revenant à l’origine de la forme, du dessin, du volume, « Au fil de l’œuvre » est comme une longue description de ce qu’est une œuvre. Si une telle plongée ontologique n’est pas désagréable, elle devient toutefois étouffante quand elle manque de références extérieures au monde de l’art.

Info : l’exposition dure jusqu’au 24 avril et termine en beauté avec des concerts de Domotic & O. Lamm play Egyptology, Meurtre et Karaocake à 19h.

[*Un jour, je vous montrerai ma collection d’arguments d’expositions in progress qui interrogent le rapport au temps, on va bien rigoler.]