Archives de Tag: We are reputation

Complément d’enquête

Voici quelques compléments à mon étude préalable de ce texte-là. J’avais de sérieux doutes sur ce paragraphe-ci  :

La commission de spécialistes réunie autour des Conditions générales d’utilisation du site wearereputation.com est sans appel : nous avons affaire à d’inoffensifs branquignoles. C’est la conclusion d’un long et passionnant chat au cours duquel j’ai appris plein de choses.

Expert 1 : Ça c’est débile : « En tout état de cause, l’Utilisateur s’engage à ne pas utiliser la technique du lien profond (« deep linking ») ».

Moi : Mais je ne sais pas ce que ça veut dire.

Expert 2 : L’article lien profond sur wikipedia est bien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lien_profond.

Expert 1 : « technique selon laquelle les pages des sites seront imbriquées à l’intérieur des pages du site de l’Utilisateur ou tout autre site »… Je n’arrive pas à comprendre cette phrase.

Moi [pas du tout sûre de ce que j’avance] : C’est pas genre squatter leur bande passante ou quelque chose comme ça ?

Expert 3 : Je ne sais pas. Je ne comprends pas.

Moi : Moi je le comprends comme ça : « On est là pour enterrer les trucs pas cools qui restent sur Internet, mais vous êtes priés, quand il s’agit de nous, de pas trop enchâsser les liens qui nous concernent sinon on ne suit plus ».

Expert 3 : Ouais, je ne sais pas.

Expert 2 : Mais « technique selon laquelle les pages des sites seront imbriquées à l’intérieur des pages du site de l’Utilisateur ou tout autre site. » cette phrase ne veut rien dire !!!! Le deep linking est un lien vers une page autre que la page d’accueil d’un site.

Moi : Aaaaah, d’accord.

Expert 3 : C’est quoi cette histoire d’imbrication ? Ils veulent faire compliqué parce que simple, ce serait trop simple ou quoi ?

Expert 2 : Je crois juste qu’ils ont encore quelques petits trucs à apprendre. Peut-être qu’ils recrutent ?

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Un peu de contenus : les « blogs »

Le site de We are reputation, qui nous occupe depuis quelques jours nous informe de la présence d’un blog. Quoi de plus naturel que d’y jeter un œil ?

En réalité, nous n’aurons pas besoin de beaucoup plus pour nous faire une idée globale des contenus de ce blog : deux articles à ce jour. Ce serait peu s’il s’agissait d’un vrai blog ouvert depuis déjà deux mois, mais c’est tout à fait honnête pour une annexe de communication.

Les deux articles datent du même jour et se répartissent équitablement entre information et communication. Pour que les choses soient claires, tous les deux sont tagués « blog » – on ne rit pas.

Comme un fait exprès, le pan communication apparaît en premier, étant le dernier article édité. Un simple paragraphe pour nous souhaiter la bienvenue sur le blog de WAR en nous offrant un pot à crayons. Trop aimable.

Le volet information est beaucoup plus étoffé – à première vue : 3700 signes (notes comprises), une illustration un brin moins The office, des notes de bas de page et la mention du XVIIIe siècle et des Lumières donnent un petit côté « article de fond » plutôt engageant.

L’illustration, toutefois :

…me rappelle dangereusement un autre écueil de notre société de la communication : le manque d’imagination en termes de communication visuelle. Car en googlisant benoîtement « e-réputation », on trouve ça :

Ce qui m’a tout de suite fait penser à un roman que j’ai adoré dans les premières années de ma vie sur terrre :

[Fin de la digression autobiographique]

Bref, mais qu’en est-il donc du texte lui-même ? Certains articles sont aussi mal illustrés que passionnants mais ici, ce n’est pas le cas. « Internet & vie privée » nous laissera sur notre faim tatillonne. Les notes de bas de page, dont les liens ne fonctionnent pas (ne leur jetons pas la pierre, n’est pas geek qui veut, et moi la dernière) sont très approximatives : l’emploi d’un conditionnel non justifié ajoute un flou là où on attend une info vérifiée et vérifiable ; un « op. cit. » bien mal placé nous prive de la réelle source d’une information ; la mention d’un obscur G29 expliqué nulle part ailleurs nous oblige à quitter la page pour aller voir si l’herbe est plus verte sur Google.

Globalement, le contenu est assez superficiel pour être à la fois distrayant et frustrant. On y apprend qu’Internet a bouleversé le droit à la vie privée mais que, heureusement, WAR est là pour y remédier. Ouf ! On est bien dans la communication, j’ai craint un instant avoir à faire à de l’information substantielle.

Une fois la lecture de ces articles terminée, on peut visiter le reste du blog. Je vous rassure, ça ne prend pas longtemps.

Dans le menu de droite, la jeunesse des archives et la créativité des tags choisis se confirment :

… et l’on découvre une nouvelle définition du commentaire de blog. En effet, ce supposé commentaire récent (« E-réputation des entreprises un enjeux [sic] majeur ? » dans « Gestion de crise ») est en réalité un lien vers un autre blog, Réputation Élite, ouvert en janvier chez WordPress.

Autre blog qui ne tient pas une minute sans apparaître comme une simple publi-info pour WAR. Dans le seul article publié à ce jour, si l’entreprise n’est pas directement citée, son site est la seule destination des deux hyperliens présents dans les termes de « e-réputation » et « gestion de crises ».

En fait de « commentaire récent », le geek aura reconnu le « ping » qui indique que, dans cet article supposément extérieur, un lien hypertexte redirige le lecteur vers le site de WAR.

On n’y apprend absolument rien, si ce n’est que WAR souhaite manifestement générer des aller-retours entre son blog et… son blog. Pour une entreprise qui nous prie gentiment d’éviter de publier un hyperlien pointant vers son site, c’est un comble. D’autant que la société se retrouve en pleine aporie métaphysique car elle nous informe, dans les mêmes Conditions générales d’utilisation, ne pas être responsable des informations contenues sur les sites accessibles via les liens hypertextes contenus sur son propre site… S’il fallait obéir à ces recommandations, on devrait donc à la fois les prendre au sérieux et ne pas les prendre au sérieux. Heureusement, la médiocrité de leur double blog incite à choisir la seconde injonction.

Et ne me lancez pas sur les fautes de français de ces articles.

Analyse iconographique : la page d’accueil

WAR souhaite transformer l’e-environnement de ses clients en un gros bouquet d’amour. Contradictoire ? Bah…

Le tout, sous atmosphère protectrice.

À ce stade, une recherche documentaire poussée s’impose, pour bien comprendre les concepts en jeu.

Que les choses soient bien claires : on est sur le site Internet d’une entreprise qui associe allègrement la guerre, la surveillance, le développement personnel et le combat contre les méchants.

On serait mauvais esprit, on ferait le rapprochement avec le baptême d’une certaine opération « Tempête du désert »… mais restons polis, il y a des jeunes et jolies oreilles dans la salle :

Et là, attention, ouvrez grand vos détecteurs de genre, car We are reputation fait dans la subtilité. Les services de WAR sont destinés à des entités féminines – entreprises et personnalités – mais ses clients sont masculins – sportifs, hommes politiques, dirigeants.

Dans le rôle de la menace qui justifie les services de WAR : une femme qui pouffe littéralement. Dans le rôle de la solution : une ampoule en costume qui, dans notre configuration socioculturelle, est généralement un déguisement d’homme.

Des fois qu’on en doute, l’action de We are reputation a un impact. Heu pardon, un résultat.

Observez comment l’on passe subtilement d’un nuage de pictos tout mimi en forme de cœur (façon Mon Petit Poney) à un disque compact de mots clefs savamment imbriqués les uns dans les autres, au rai bien placé (façon DVD de données).

C’est qu’il faut préparer l’internaute primo-arrivant à l’avalanche continue et incontrôlable de données, façon Matrix…

…agrémenté de notes et de commentaires façon affiche de Gran Torino après trois semaines d’exploitation.

Le fait de citer les meilleures appréciations de ses clients les plus prestigieux n’est pas une mauvaise chose, en soi. Le problème généré par ce genre de publicité, c’est que nous, pauvres mortels qui n’avions même pas soupçonné l’existence d’une crise d’image chez Le Paradis du Fruit, avons l’irrépressible envie d’aller fureter dans les archives immatérielles des patrons (inconnus) cités…

Fort heureusement pour eux, le site de WAR est encore plein de ressources et l’on n’a pas fini d’en faire le tour. [À suivre]

Commentaire de texte

Ce n’est pas le tout de s’amuser à taguer ses amis sur une image de bacchanale, reste à savoir quelles sont donc les conditions générales d’on-ne-sait-quoi concernant l’effacement de « liens » vers des contenus négatifs.

Ces conditions-ci ont la bonne idée d’être relativement courtes : leurs 8 articles tiennent sur deux pages et demi. La lecture est donc non seulement possible, mais aussi distrayante. Car oui, on tombe sur de belles perles, jugez plutôt :

Je répète pour les lunetteux : « L’Utilisateur [par exemple, moi] du site wearereputation.com ne peut mettre en place un hyperlien en direction de ce site sans l’autorisation expresse et préalable de la société WE ARE REPUTATION, en la sollicitant à l’adresse électronique suivante : contact@wearereputation.com ».

Ah ben zut alors, pas le droit de partager le lien ? Et si je veux les évoquer dans une conversation, il faut aussi que j’en demande l’autorisation ?

Quant à l’interdiction du deep linking, qui à moi pauvre mortelle n’évoque rien, j’ai comme dans l’idée que c’est une pratique tout à fait courante qu’il serait vain de vouloir interdire… mais j’attends le debrief des experts qui se penchent en ce moment-même sur la question.

Poursuivons la lecture, ça devient assez créatif :

La partie intéressante précise : « Plus particulièrement, le Prestataire ne saurait être tenu pour responsable de tout dommage, matériel ou immatériel, causé aux équipements informatiques de l’Utilisateur ».

Un dommage immatériel sur un équipement informatique, mais qu’est-ce que cela peut-il bien être ? Insulter mon Azerty ? Afficher un doigt d’honneur à l’écran ? Blasphémer sur Steve Jobs ?

Une dernière pour la route :

Soit « Les informations fournies par le site weerereputation.com le sont à titre indicatif. […] En tout état de cause, la responsabilité du Prestataire [c’est-à-dire le site wearereputation.com] saurait être engagée du fait de ces informations. »

Là encore sous réserve de vérification par une personne vraiment compétente, je pose la question : puisque la responsabilité de Wearereputation.com est engageable concernant les informations transmises, pourquoi préciser qu’elles ne le sont qu’à titre indicatif ?

Pour conclure, notons que l’acronyme adapté à cette entreprise serait WAR . Agressive, leur campagne ? Si peu qu’à peine…