L’anthropologue (H/F) selon Pôle Emploi

24h après tout le monde car il avait piscine, le collimateur fête Pôle emploi et partage avec vous et avec le plus grand plaisir les cadeaux qu’on lui a fait passer.

Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul Offre de Paul

PS : la personne dont les critères correspondent « exactement » à ces offres n’a jamais recherché un poste d’anthropologue. Je n’ose imaginer ce qu’il en aurait été si…

PS2 : je ne veux pas savoir comment Paul appelle les gens qui font des recherches sur les autres gens en évitant tout ethnocentrisme.

Et pour ceux qui comme moi avaient piscine hier :

Vernissage

- Pourquoi tu prends en photo les notices ? Elles sont dans le catalogue.

- Oui, j’ai vu, mais c’est pour avoir le nom de l’artiste à portée fichier, quand je trierai [jamais] mes photos de l’expo.

- Et là tu vas prendre en photo tout le doc ? J’ai horreur de l’art documentaire.

- Non, seulement la première page. Ça parle de quoi ?

- C’est une convocation devant les tribunaux… L’artiste reproche au FN de pirater les recherches sur Google de son nom, parce qu’on tombe sur une ville FN depuis les dernières municipales.

- Est-ce que l’histoire nous dit si c’est une vraie convocation ou un fake ?

- Non.

- Regarde. Faire un espace documentation et lecture, comme c’est original. C’est vraiment sur cette proposition qu’il a été sélectionné ?

- Aucune idée. Mais les visiteurs sont contents d’avoir un coin de chaise pour s’asseoir. Tu as lu sa notice, à l’artiste ?

- Je vais tuer le crétin qui a décidé d’annoncer les artistes par ordre d’état civil. Impossible de m’y retrouver. Bordel.

- Alors lui avec sa nudité crue, il a bon dos, il ne nous montre que des boules. Poilues en plus.

- Moi la peinture, vraiment je n’aime pas.

- Ah moi non plus.

- En fait je me demande « La peinture… Pourquoi ? »

- Oh là, hé ho dites donc là, attention les filles, vous faites de la généralisation à deux balles là.

- Naaan, mais je saiiiis, que si l’artiste me prend par la main et me raconte ce qu’il y a là-dedans, bien sûr que je vais apprécier, je vais arrêter de poser des questions cons.

- Ben voilà, ben voilà. Maintenant il faudrait mûrir et être un peu honnête alors. Moi aussi avant je disais « boah, la peinture, nan mais pff » et en fait, j’ai tellement de « sauf Machin, et sauf Truc, pis bon c’est vrai que Bidule il fait des trucs juste perfect », que je ne peux plus dire, non vraiment je ne peux plus prétendre que la peinture c’est laid.

- Oui mais il y a un truc fondamental avec le medium.

- Oui voilà c’est ça, c’est un problème de médium.

- Disons ça…

- Tu sais, je fais souvent des déclarations généralisantes dont je ne suis pas fière.

- Mouais. Ça ne t’excuse pas.

- J’aimerais faire une déclaration. Autant d’artistes qui produisent une œuvre protéiforme, moi, ça me met – en – joie.

- Rho, sois gentille avec les critiques. Écrire des notices en chaîne comme ça, c’est vraiment pas le plus facile. Tu as un tic de langage et paf, il se retrouve dans la moitié de tes textes.

- En plus, dans certains cas, les auteurs ont dû pondre le texte sans avoir une idée précise des pièces qui seraient montrées…

- Mouais, d’accord. N’empêche, il y a autre chose à dire que protéiforme, dans notre belle langue.

- Ah, tu vas pas aimer, ya encore un artiste protéiforme par là-bas.

- Ah j’en ai vu à Monop des clochettes comme ça, je vais m’en acheter.

- Mais le problème c’est que je ne saurai pas quoi mettre dessous. Je n’ai pas d’objet précieux à isoler du monde.

- Sympa le graphisme en 3D.

- Ah tiens, une installation dans la cimaise. C’est pas commun.

- Han j’adore ça, j’adore les plumes.

- Heu alors les morceaux d’animaux, non, je dis non, vraiment.

- Han nan, c’est trop bien les plumes, j’adore.

- Putain ya une œuvre en Légo®!!!!

- Et c’est un cercueil en plus!!!!

- Ya même le mode d’emploi!!!!

- Comment c’est trop la bonne idée!!!!

- Tu crois que c’est la même personne qui comble les crevasses avec des Légo® dans la rue ?

- Non, à mon avis non. C’est bien trop commun. Ici on a droit à la crème de la crème de la jeune création.

Image

Contre la petite petite petite délinquance

Le petit frère du lapin est un renard

Totalement déboussolés

- Mon dieu qu’elle a l’air sympa cette expo…

Livre d'orLivre d'orLivre d'or

- OK, c’est parti.

Totalement désarçonnés, le plan

- Hé les filles, je crois qu’on a raté le 42, Martin Le Chevallier, dans le hall d’accueil. Des cartes postales.

- Bah, on les verra en repartant. Là on a le 39 et le 38, voyons voir…

- Bon, elle est où l’œuvre de Julie Navarro ? Ce crétin de papier inutile ne nous dit rien que « Madeleine » et « Madeleine et René », c’est une blague ?

- Je crois que c’est la broderie, là.

Julie Navarro

- Bertrand Planes, c’est facile c’est l’horloge. C’est son âge.

- Heu ?

- Le 38. Il a donc 39 ans et 4 mois. Environ.

- Ah ok. On enchaîne ?

- Là on va avoir le… [je cherche] 41 et 40. C’est-à-dire… Evariste Richer et Pascal Lièvre.

- Le glittering c’est Pascal Lièvre, aucun doute là-dessus.

Pascal Lièvre

- Et ça là, ça doit être le mètre lunaire d’Evariste Richer.

Evariste Richer

- Là, le truc ton sur ton ? Que j’aurais pu rater ?

- Tout à fait.

- OK, maintenant j’aimerais savoir comment il est possible de mettre des œuvres qui n’ont rien à voir avec la choucroute au milieu de pièces du 17 et 18ème siècles, sans cartel.

- En faisant des blagues de type « tiens, on va mettre un pièce de 1 cm de large couleur cuivrée sur un tabouret en bois verni, pour le raccord couleur ».

- Ils se sont dit que les gens allaient follement s’amuser pour retrouver, sans les connaître, quels artistes ont fait quelles œuvres.

- Ça m’étonne pas. Nous, on s’amuse comme des fous.

- Comme des fous furieux, même. Impensable de faire ça dans un château ouvert à tous…

- Tu m’étonnes qu’ils aient des mots incendiaires dans le livre d’or !

- Ah en parlant de ça, je crois qu’on va arriver aux œuvres homophobes et misogynes, youpi.

Françoise Quardon

- Franchement, ça sans médiation ? Des insultes basses du front sur paillasson, et personne pour dire que c’est justement critique…? Je m’étonne même que personne n’ait essuyé ses écrase-merde dessus.

- Bon, dans cette pièce, on devrait trouver du Const… ah, ben le voilà. Impossible de le rater, lui.

- tu dis ça parce que tu connais son boulot.

- Non regarde, il a droit à de la médiation. Exceptionnel.

Guillaume ConstantinGuillaume Constantin

- Je me demande quand même qui a pensé à cet accrochage, je n’arrive toujours pas à trouver le rapport avec le schmilblick. Et moi, je suis supposée aimer l’art contemporain, merde.

- Hé mais c’est quoi ce son de merde ?

- Je crois qu’ils se sont dit « Tiens! et si on mettait le son du poste à fond, dans une salle voutée et basse de plafond ? Pour une vidéo insupportable en plus, trop cool ! »

- Non mais ça, sérieux…

- L’artiste doit avoir 22 ans, max 23.

- Moi en prépa je leur dis « Non, ça suffit là, de montrer vos fesses, les filles, elles n’intéressent personne et l’espace public en est déjà rempli ».

- Attends, je crois qu’elle veut faire comme si elle saignait dans une baignoire.

- Subtil.

Cendrillon BélangerCendrillon BélangerCendrillon Bélanger

- Hé regarde, au fond de la cuisine ils ont mis un Philippe Mayaux. C’est la seule pièce qui soit vraiment en lien avec le décor habituel du château…

- Oui, sauf que c’est pas Philippe Mayaux, c’est vraiment un décor de gâteau factice…

- Alors cette exposition est vraiment insensée du début à la fin. Ou alors j’exige des explications, bordel.

Pas Philippe Mayaux

- Je trouve ça assez fou qu’ils mettent un Anne-Laure Sacriste comme ça sans garde-fou.

- Bah, tu crois qu’il y a des vandales qui visitent le château ?

- Ce n’est même pas la question, mais je serais un artiste, je demanderais à ce qu’il y ait un peu plus de sécurité vis-à-vis d’une pièce comme ça.

Anne-Laure Sacriste

-Bon, c’est pas joyeux joyeux cette expo… Je rêve devant tant d’amateurisme. Un château magnifique, tout plein de choses de toutes époques déjà pas évidentes à comprendre, encombré de pièces d’art « moderne » (je ne peux même pas en vouloir aux gens de ne pas avoir apprécié…) qui n’ont aucun rapport avec rien, sont posées n’importe comment n’importe où (qui a vu qu’on pose des choses sur une table de jeu, je vous le demande), et surtout sans explication aucune : on aurait voulu attirer les pires critiques, on ne s’y serait pas pris autrement.

- C’est peut-être le but, tu sais, cette petite ritournelle dans laquelle l’art contemporain se prélasse parfois : « ouin, personne ne nous aime, parent pauvre, injustice, diversité, qualité de programmation, etc »

- En tout cas, l’expo bon. Mais la médiation, zéro.

- Allez, pour finir, la pièce la plus en phase avec le lieu, la plus drôle et la plus sportive :

Régis Perray

- Merci Régis Perray pour cette partie de glissade endiablée.